lundi 16 août 2021

YEMBILA ABDOULAYE TOGUYENI

Yembila Abdoulaye TOGUYENI
1er Recteur de l'Université de Ouagadougou (Aujourd’hui Université JKZ) 
de 1974 à 1983

Yembila A. TOGUYENI est né vers 1933 à Fada N'Gourma.
Après des études primaires dans sa ville natale, il est admis à l’école primaire supérieure EPS de Niamey en 1946.  En ce temps, le territoire de la Haute Volta avait été supprimé, et le cercle administratif  de Fada N’Gourma, rattaché au territoire du Niger. 
Après Niamey où il obtient son brevet d'étude du 1er cycle, il fréquentera successivement Katibougou au Soudan (Mali) puis William Ponty au Sénégal où il obtient la deuxième partie du  baccalauréat en 1953. 

Après un an à l’Institut des Hautes Etudes (IHE) de Dakar, il bénéficie alors d’une bourse au mérite pour poursuivre ses études en France. Il s'inscrit à l’Université Paul Sabatier de Toulouse.  Il y décroche sans peine, plusieurs diplômes dont le Diplôme d'Etudes Supérieures DES en 1959, qui lui ouvre les portes d'enseignant du supérieur. 
Il est recruté la même année comme 1er Assistant Africain de la seule Université francophone de l'Afrique de l'Ouest; l'Université de Dakar.
En 1966, il soutient à la faculté des Sciences de l’université de Dakar, sa thèse de Doctorat d’Etat intitulée « Contribution à l’étude de l’effet Peltier » et obtient ainsi le titre de physiques docteur-es-sciences. Il est de ce fait le 1er Burkinabè à avoir soutenu une thèse de doctorat d’Etat, toutes matières confondues. 
Il gravit au sein de cette université tous les échelons pédagogiques (Assistant, Maitre-Assistant, Maitre de de conférence), et atteint en 1972, le grade de Professeur sans Chaire.

Sur le plan administratif 
En 1968, Il est nommé chef du département de Physique de l’Université de Dakar. 
En 1970, il devient Directeur de l’Institut de Physique Météorologique (IPM) de l’Université de Dakar à HANN/Dakar. 

Yembila Abdoulaye TOGUYENI « nationaliste » authentique.

En 1947, à la reconstitution de la Haute Volta, il est élève à l'école primaire supérieur de Niamey. A l'annonce de la reconstitution de la Haute Volta, à la tête ses camarades venant de la région de l’Est, ils écrivirent une lettre au gouverneur du territoire pour réclamer leur retour immédiat en Haute Volta. Mal leur en prit car, le directeur de l’école, informé par le gouverneur de la hardiesse de ses élèves, va les convoquer et les sermonner sérieusement. Mais eux étaient convaincu de leur bon droit. 

En 1960, à l’accession du pays à l’indépendance, Yembila TOGUYENI était Assistant à l’Université de Dakar. Comme tous les Hauts cadres de l’époque, il avait trois choix possibles : Confirmer la nationalité française, ou prendre les deux nationalités (française et celle du territoire de naissance) ou opter pour la seule nationalité du territoire devenu indépendant. 

Yembila est l'un des rares africains à opter pour la seule nationalité de son pays d'origine. Il affirme haut qu'il est voltaïque et restera voltaïque. 

Une université sur le sol national voltaïque :  l’absolue nécessité 
Au début des années 70, les étudiants voltaïques inscrits dans les universités en d’Afrique sont confrontés à d'énormes difficultés. Ils sont expulsés des universités et pays où ils étudiaient (Dakar, Abidjan, etc…)  On leur reprochait leur grand dynamisme dans les mouvements étudiants et leur esprits revendicatifs.

Les étudiants et les leaders de tout bord ont alors réclamé au gouvernement l’érection sur le sol national d’une université.  

L'enseignement supérieur en Haute Volta était encore embryonnaire. Le CESUP ; centre d'enseignement supérieur de Ouagadougou ne dispensait que des enseignements de lettres et ne formaient que des gestionnaires niveau DUT. 
Il fallait coûte que coûte ouvrir sur le sol national une université. 

Qui peut conduire à termes une telle entreprise ? Un nom s'impose à tous, le seul voltaïque ayant les qualifications nécessaires : Yembila Abdoulaye TOGUYENI, Docteur d’Etat ès sciences et Professeur confirmé et expérimenté à Dakar. 
Que faire pour le convaincre de rentrer au pays ?? On voyait déjà toutes les difficultés à surmonter dont notamment la rémunération. En effet Yembila Abdoulaye TOGUYENI est dans une université dont les enseignants sont rémunérés par la France. La Haute Volta n’est pas à même de lui proposer le même niveau de rémunération. Allait il vouloir perdre une grande partie de ses revenus et accepter la modique rémunération que l’Etat voltaïque est à même de lui offrir ? 

Au cours d'un voyage officiel à Dakar en 1973, le président Sangoulé Lamizana demande à rencontrer son compatriote et au nom de l'intérêt national lui demande de rentrer au pays pour mettre en place et construire le système d'enseignement supérieur de la Haute Volta. 
Devant une requête formulée par la plus haute autorité de son pays, Yembila TOGUYENI n’a pas hésité un seul instant. Conscient des sacrifices qu'il devrait fournir, et convaincu de son devoir de contribuer à la construction nationale, il donne son accord. Il rentrera au pays ! 

En 1973, Yembila Abdoulaye TOGUYENI est nommé Directeur Général de l'enseignement supérieur et cumulativement Directeur Général du CESUP.

Dès sa prise de fonction, il va s'atteler à la restructuration du CESUP en créant : 
 
• L'Institut Supérieur Polytechnique de Ouagadougou ISPO chargé de former des ingénieurs et techniciens dans tout domaine indispensable au développement de la Haute volta. En particulier dans le développement rural : ingénieurs des eaux et forêts, ingénieurs d’élevage et ingénieurs de l'agriculture 
Il va négocier et obtenir des propriétaires terriens de GAMPELA, un domaine de près de 462 ha qui va servir de centre expérimental.

En 1974, le CESUP est transformé en université et prend la dénomination de " Université de Ouagadougou".  Et le Pr Yembila TOGUYENI est nommé premier Recteur. 

L'Université de Ouagadougou va connaître une croissance fulgurante avec la transformation et la création de plusieurs écoles et instituts ou structures.
Des locaux sont continuellement construits pour faire face aux besoins des nouvelles écoles et instituts ouverts. 
Il arrive à convaincre et faire revenir au pays plusieurs jeunes titulaires du doctorat ou en passe de soutenir leurs thèses. 
Les professeurs Sib Sié Faustin, Kabore Issaka, Thiombiano Talardia, etc… vont rentrer au pays et contribuer à côté de leurs ainés à la construction de l’université. 

La jeune Université de Ouagadougou va s’imposer dans la sous-région et ailleurs comme une université de référence. Les étudiants continuant leurs études à l’extérieur vont se rendre compte de leur bon niveau. 
Ainsi : 

● En 1974, l'office du Baccalauréat est créé. Le baccalauréat qui était organisé jusqu'à cette date par l'université d'Abidjan relève désormais de sa compétence. 

● le Collège littéraire universitaire (CLU) va être transformée en Ecole Supérieure des lettres et des Sciences humaines ESLSH
• L’Institut Universitaire de Technologie IUT va s’agrandir :
Les années suivantes plusieurs autres instituts et écoles vont s’ouvrir
• En 1975 : Création de l'Institut de Mathématique et de Sciences Physique (IMP), chargé de former des enseignants de mathématiques et de Sciences physiques et de préparer l’accès des étudiants aux grandes écoles d’ingénieurs à travers le monde
• En 1975 Création de l'Ecole Supérieure des Sciences Economiques (ESSEC) chargé de former des économistes et des planificateurs de développement
• En 1976 Création de l’Ecole supérieure de droit (ESD), 
• En 1977 création de l’Institut National de Formation et des Etudes Cinématographiques (INAFEC),
• En 1980 Création de l’Ecole Supérieure des Sciences de  la santé (ESSSA) chargé de former des médecins, des pharmacies et tout le personnel médical de niveau supérieur
• Etc…

Comme on peut se douter la création de tant d’écoles en un laps si court, mais néanmoins conforme aux besoins du pays demandaient de grands talents de la part du premier responsable sur tous les plans.  
 Capacité de mobilisations des ressources financières 
En tant que premier responsable, il fallait négocier non seulement avec les autorités nationales, mais aussi avec les bailleurs de fonds internationaux pour obtenir le financement de tant de projets. 
Dans ces négociations, la confiance des bailleurs aux premiers responsable est fondamentale, pour obtenir leur adhésion. Et les bailleurs lui faisaient confiances !!!
 Capacité de gestions de fonds dont l’université avaient dotés car l’université était dotée d’une large autonomie de gestion financière. 
 Capacité de gestion des hommes
 Bonne vision des attentes du pays en matières de formations et de développement. 
Yembila TOGUYENI avait une bonne perception des formations qu’il fallait à mettre en place dans son université afin que les sortants soient des acteurs à même d’impulser un développement soutenu du pays. 
C’est ainsi que dès son arrivée il a crée l’ISPO puis par la suite les autres instituts et écoles
 Capacité de tisser de solides relations de partenariat
Yembila TOGUYENI est arrivé à signer un partenariat avec l’Université Libre de Bruxelles (ULB) pour ouvrir L’Ecole de Droit de l’Université de Ouagadougou
Il noue des partenariats avec des universités Nord-Américaine comme l’Université An Arbor du Michigan, l’Université d’Alabama, l’Université d’Auburn 
 Etc
Et sur tout le temps de sa gestion, Yembila TOGUYENI a montré qu’il était doté de ses capacités
Le professeur Yembila TOGUYENI a réussi sa mission lorsque on se réfère aujourd’hui au niveau atteint par nos universités. 
En 1983, en désaccord avec les nouvelles autorités du pays, il démissionne de ses fonctions de recteur et de Directeur Général de l’Enseignement Supérieur. Quelques temps après il est dégagé de la Fonction Publique. 
Il est alors d’abord recruté, en tant que Professeur associé étranger, par l’Université Paris XII Créteil,  puis par l’Ecole Normale Supérieure d’Abidjan en Côte d’Ivoire. 
En 1991, il sera réhabilité par l’Etat du Burkina Faso, qui reconnaitra l’avoir brimé et le réinstallera dans ses droits. Il sera par décret présidentiel nommé, à sa retraite  Professeur Honoraire c’est-à-dire Professeur titulaire à vie de l’Université de Ouagadougou