Mon père est né au début du 20è siècle, entre 1905 et 1912. A sa naissance, l’administration coloniale n’était pas encore bien installée.
Le royaume du Gulmu n'a signé un traité de protectorat avec la France qu’en 1892. Il n’y avait pas encore de maternité pour enregistrer les naissances.
Un jugement supplétif d’acte de naissance, fait bien des années après indique comme année de naissance 1905 et mais un autre indique plutôt 1912. J’en déduis que la verité doit se trouver entre les deux.Il est le premier enfant de sa mère Koagli Thiombiano de la famille " O pondli" du quartier Kouampandi de Fada N';Gourma. C'est sa tante, déjà marié dans la famille TOGUYENI qui l'a amené pour la donné en mariage au petit frère de son mari.
Mon grand père Kankadja, ne verra pas son enfant et mourra quelques temps après la naissance de mon père. Comme d’habitude, à chaque naissance, il fallait à partir des signes qui ont accompagné cette naissance interpréter le destin du nouveau né.
Une interprétation de la coïncidence de la naissance de mon père et du décès de son père est que l’enfant nouveau né est venu prendre la place de son père. Mon grand père étant le chef de famille, cela voulait dire que mon père allait être chef de famille dans un avenir plus ou moins proche. Cette prévision ne pouvait pas plaire aux aînés de mon père, car cela signifiait ausdi qu’ils allaient eux aussi mourir plus ou moins rapidement.
La naissance de mon père a donc été très mal accueillie par ses frères et notament par l’aîné qui s’appelait Koirindja.
Aucun de ses frères directs n’a voulu s’occuper de lui. C’est son cousin Guindja qui a accepté le prendre en charge.
Pour bien comprendre la configuration de notre famille à la naissance de mon père, il faut remonter à l’histoire de Kankadja mon grand père. C’est un des chefs de Fada en tournée dans la région de Diapangou, qui a fait capturer mon grand père pour l’amener à Fada.
Lorsque le chef de Fada traversait un village, les habitants s’enfermaient dans leur case à son passage. Kakandja qui devrait être âgé d’une dizaine d’année, au
lieu de se cacher comme les autres, s’est montré très téméraire, au lieu de fuir, il a grimpé sur un arbre pour voir passer le convoi du chef. Mais il a été aperçu par les compagnons du chef qui sur son instruction, se sont saisi de lui. C’est ainsi qu’il a été amené à Fada. Il a été confié à des familles et particulièrement à une famille Ouoba où il a appris la boucherie.
Au moment de sa capture, son grand frère n’était pas là. Il était parti en voyage.
A son retour et ayant été informé des évènements et de la capture de son frère, il decida d’aller à la recherche de son jeune frère. Il se rendit à Fada et retrouva son frère, ils s’installèrent ensemble pour constituer une concession. Cette concession est connue sous le nom de la « cour de Kankadja ».
A la naissance de mon père, vivaient dans la concession les familles des frères directs de mon père, Koirindja et autres et la famille de son cousin Guindja, le fils de son oncle.
En général, au decès de son mari, l’épouse veuve, ne quittait pas la concession, elle était en général remariée à un des jeunes frères de son défunt mari.
Mon grand père n’ayant pas de petit frère, ma grand-mère a été contrainte d’abandonner son enfant et d’aller se remarier ailleurs. Je ne sais pas à quel âge elle a laissé mon père et quitter ainsi la concession. Certainement que lorsqu’elle partait son fils était à même de se débrouiller dans la concession.
Elle se remaria dans la concession de Tadano chez les Nassouri. Elle eu trois enfants dont deux garçons « Dja-Youli et Sankak-dja.
Mon père fut élevé par son cousin Guindja. Guindja et lui son doublement cousin, d’abord du côté paternel, leurs père sont des frères directs et aussi du côté maternel, c’est la mère de Guindja qui a amené sa
Nièce, la fille de son frère, donc ma grand-mère en mariage dans la famille Toguyeni. C’était une pratique courante en ce temps. Une femme dans sa vieillesse pouvait faire venir et donner en, mariage à son mari une de ses sœurs ou nièce.Lorsqu’il fut en age de travailler, certainement vers 12 ans, il a été recupéré par le convoi d’un administrateur colonial en tournée dans la région. Il devrait servir d’aide cuisinier appelé marmiton, chargé principalement de menus travaux dans la cuisine. C’est ainsi qu’il a appris le métier de cuisinier.
Je ne connais pas exactement son itinéraire après avoir quitté Fada.
Le vieux Zida Noaga, m’a dit un jour, qu’il a connu mon père aux environs de 1927, à Koudougou. Il était lui en classe de CE2 et mon père était au service des blancs.
Il du séjourner au Soudan français, car il en parlait quelques fois.
C’est en 1932, qu’il a été affecté de manière permanente dans une résidence coloniale à Bobo-dioulasso comme cuisinier.
Mon père a certainement eu une ou deux épouses avant l’arrivée de ma mère.
Mon père a-t-il eu des enfants qui n’ont pas survécu, je ne le sais pas trop. Peu avant sa mort, très malade, lorsqu’il délirait, il évoquait quelques fois le nom Yacouba. Qui était-ce ? Je ne le sais pas, peut-être un de ses fils disparu ?
Le Roi du royaume du Gulmu Simandari avait beaucoup de considérations et d'affections pour mon père.
Un chef dans nos villages jouait un rôle de régulateur familial. Constatant certainement que mon père bien qu’avancé en âge, n’avait toujours pas d’enfants, chercha à remédier à cet état de fait. A l’époque et en pays, on ne pouvait rien entreprendre d’important décida de lui donner en mariage la petite soeur d';une de ses femmes et qui vivait dans la cour Royale. Mon cousin Yombo explique que un jour, après le repas du soir, la famille était assis devant la concession. Un envoyé du Roi, arriva pour leur transmettre un message selon lequel, le Roi leur envoie une commission
Je sais que ma mère est venu trouver une coépouse, une femme de la région de Boromo. N’ayant pas eu d’enfant, elle élevait quelques uns de ses neveux et nièces. Une des nièces est la mère de Dabo Adama, ébéniste à Ouaga.
Lorsqu’il m’a accompagné pour mon inscription au lycée, mon père m’a présenté, un neveu de sa femme, employé à la Peryssac à Ouaga.J’allais quelques fois lui rendre visite dans son service et de temps en temps, il me donnait un peu d’argent.
Mon père et notre éducation
1- l’Ecole de la république
Mon père comme je l’ai dit est né entre 1905 et 1912. A la naissance de ma grande sœur Fati, en 1952, il avait certainement plus de 40 ans, un âge relativement avancé.
Nous sommes donc des enfants de sa vieillesse.
Avec ma mère, mon père a eu sept enfants.
L’aînée de la famille est ma grande sœur fille Fati, née en 1952.
Je suis le 2ème enfant, et l’aîné des garçons né en 1955, Le 3 ème enfant, Idrissa est né en 1957, le 4 ème enfant, Lassina est né en 1959, le 5 ème , Oumar est né en 1961, le 6 ème , Boubacar est né en 1964, le 7 ème et dernier enfant, Amadou est né en 1966.
Son long contact avec les blancs, lui a fait comprendre toute l’importance de l’école dans la réussite sociale. Il a tout mis en œuvre pour que nous réussissions à l’école.
C’est ainsi que très tôt, il nous a mis à l’école. J’ai fait l’école maternelle dès
l’âge de 4 ans. C’est vrai que j’ai un peu contribué à accélérer cette inscription précoce à l’école. En effet, mon camarade de jeux d’enfance, Zida Ouidraogo, un peu plus âgé que a été inscrit à la rentrée scolaire 1959-1960, et chaque matin, lorsqu’il partait à l’école, je pleurais et voulais le suivre.
Mon père a alors décidé de m’inscrire aussi à l’école, il a réussi à convaincre les maîtresses de la maternelle de l’école de Bobo Centre de me prendre.
Absolument. Voici une version corrigée, structurée et enrichie de votre texte, en supprimant les répétitions et en rendant le récit plus fluide et attrayant.
🧒 Mes Premiers Jours d'École : L'Aventure de Bobo Centre-Garçons
Le début de mon parcours scolaire fut précoce et un peu inattendu. Nous étions en octobre 1958. Mon compagnon de jeu, plus âgé, venait d'être inscrit à l'école. En le voyant partir, me laissant seul à la maison, j'ai été pris d'un grand chagrin. Mon père, ému par mes pleurs, décida qu'il était temps de me trouver une place.
J'avais seulement quatre ans, un âge bien trop jeune pour être accepté en cycle primaire. L'option d'une inscription dans une structure préscolaire, cependant, restait possible. Je ne sais comment mon père s'y est pris, mais la direction de la maternelle de l'école Bobo Centre-Garçons accepta de m'accueillir dans l'une de ses sections.
🎒 Le Grand Départ : Jour J
Ce jour-là marquait ma première fois à l'école.
Ma mère prit un soin particulier à ma toilette, m'habillant d'un habit neuf. J'étais rempli d'excitation et pressé d'arriver.
Le signal du départ fut donné par mon père. Il enfourcha son vélo, se dirigeant vers le portail, suivi par ma mère, ma grande sœur Fati et mon petit frère Drissa, qui n'avait qu'à peine deux ans. C'est un petit cortège familial qui se formait. Ma mère me souleva et m'installa sur le porte-bagages du vélo. Mon père s'installa sur la selle et commença à pédaler. Me voici en route pour l'école !
Il paraît que, lorsque nous évoquions plus tard ces préparatifs, les témoins ne manquaient jamais de souligner mon sourire radieux sur le porte-bagages.
Mon père me conduisit jusqu'à la salle de classe. Après un bref échange avec la directrice, il repartit, me laissant avec l'institutrice de la maternelle.
🏃 L'Épisode de la Récréation
Peu de temps après le départ de mon père, la sonnerie retentit. J'ai vu tous les élèves sortir dans la cour et, naturellement, j'ai suivi le mouvement. Je croyais que c'était la fin des cours.
Mon père m'avait pourtant donné une instruction très précise : « Quand on sortira de la classe, tu dois t'asseoir à cet endroit et m'attendre. » Je me dirigeai donc vers l'endroit indiqué et m'assis.
Il y avait beaucoup d'élèves autour de moi, s'amusant dans la cour. Je pensais qu'ils jouaient avant de rentrer définitivement chez eux. J'ai attendu un moment. Mon père n'arrivait pas. J'étais un peu inquiet, mais sans m'alarmer outre mesure.
🏡 Le Retour Inattendu et La Panique du Père
J'ai fini par prendre une décision audacieuse : rentrer à la maison. Je me rappelle qu'à cet âge, trois ou quatre ans, il était difficile de retrouver son chemin. Pourtant, j'ai réussi à parcourir la distance, qui devait être de trois ou quatre kilomètres.
Quand ma mère m'a vu arriver, je lui ai simplement dit : « L'école est finie. » Elle m'a alors mis au lit pour la sieste.
Mon père arriva plus tard, visiblement empli d'inquiétude et un peu nerveux. Je sentais son trouble. Il m'a réprimandé gentiment, m'expliquant que je ne devais jamais reprendre la route tout seul et que je devais rester sous l'arbre à l'attendre.
Ce n'est que plus tard que j'ai compris la vérité : j'avais quitté l'école bien trop tôt. La sonnerie n'annonçait que la récréation, mais j'avais cru qu'il s'agissait de la fin de la journée scolaire et j'avais filé.
J'imagine la panique de mon père à son arrivée à l'école et en ne voyant pas assis à l'endroit qu' il m'avait indiqué. Certainement qu'il a dû s'adresser à la directrice et aux monitrices qui elles aussi devaient être paniquée en ne me voyant pas revenir en classe à la fin de la récréation.
Ils ont dû re-fouiller la cour mais en vain. La panique commençait à s'installer.
À cette époque, les histoires de rapt d'enfants et de leurs sacrifices rituels étaient courantes. Il a dû se poser les pires questions.
Leurs responsabilités allaient êtres évoquées si on ne me retrouvait pas. Elles ont manqué de vigilance et n'ont pas fait attention aux mouvements du tout nouveau venu que j'étais. J'étais sorti sans être vu. Des consignes précises ne m'avaient été données sur mes déplacement en classes et dans la cour de l'école. j'avais réussi à rentrer seul.
🎨 Une Année Scolaire Réussie
Ce premier jour fut riche en souvenirs et en émotions fortes !
Malgré cette entrée en matière rocambolesque, j'ai bien passé le reste de l'année. J'y ai appris à dessiner, chanter et réciter. Je me souviens particulièrement de l'intérêt et du dévouement avec lesquels les maîtres et maîtresses nous accompagnaient dans l'apprentissage et le nettoyage des unités de vie de l'école.
Cette première année fut un succès. J'ai d'ailleurs fait une seconde année en maternelle (moyenne section ou transition), portant mon passage en préscolaire à deux ans, avant de finalement faire mon entrée au CP (Cours Préparatoire).
Ce texte est désormais plus rythmé, et l'histoire du retour prématuré est mieux mise en évidence.
Souhaitez-vous que je développe davantage une partie de ce récit, ou que je le résume en quelques lignes ?
J’ai commencé la maternelle à la rentrée des congés de Noël 1959 : c’est -à -dire en début janvier 1960.
Le 1 er jour de l’école a été terrible pour moi. Très tôt le matin, avec son vélo mon père m’a amené à l’école. Il m’a conduit jusqu';à la porte de ma classe en me disant qu’il reviendra me chercher à la sortie de la classe.
Je ne connaissais évidemment rien à l’organisation de la classe. A un moment donné, la cloche sonna et je vis tous les enfants se lever et quitter la classe. Moi, j’ai compris que c’était la fin de la classe, et qu’on était autorisé à rentrer à la maison.
Mon père m’avait indiqué un lieu précis près du portail ou je devais l’attendre à la sortie des classes. Je m’y rendis, mais je ne le vis point. J’ai attendu quelques instants, et ne le voyant pas, je pris la route de la maison, et sans incident, je suis parvenu chez nous.
Ma mère a été surprise de me voir revenir tout seul. Mais je lui expliqué que
j’ai attendu en vain, mon père.
Quelques temps après, mon père est arrivé à la maison. On a senti sur son
visage un soulagement en me voyant. il expliqua alors, qu’aux environs de midi, comme prévu, il est venu m’attendre à l’endroit convenu. Mais en vain tous les élèves sont passés devant lui sans qu’il ne me voie. Très inquiet, Il est entré dans la cour et a fait tout le tour de l’école pour me rechercher.
C’est avec peine qu’il a pris le chemin de la maison avec l’espoir que peut-être j’y étais. C’est avec soulagement qu’il m’a retrouvé.
Pour la leçon, il m’a donné quelques coups de fouets, afin que je ne
recommence plus. La ville n’était pas sûre, il courait à l’époque toute sorte d’histoire sur le rapt d’enfants.
Mon père a toujours recherché les écoles où les enfants pouvaient réussir, même s’il fallait aller très loin pour cela. Un échec dans une école ne le décourageait pas. Il faisait changer d’école.
Ma grande sœur Fati a fait la maternelle avec les sœurs religieuses, puis
l’école française située au camp militaire.
Après cette école, elle a fréquentée l’école Bolomakoté, l’école Bobo Centre et l’école de Yegueresso, un village situé à 15 km de Bobo sur la route de Ouaga.
A l’école primaire, j’étais généralement parmi les meilleurs élèves mais a CM2, j’ai eu quelques difficultés, je n’étais plus parmi les meilleurs élèves. La présence d’un fort contingent de redoublants m’avait relégué loin derrière dans le classement.
J’étais néanmoins décidé à réussir, j’apprenais régulièrement mais en leçons. En calcul, je n’étais pas très mauvais. C’est surtout en dictée et étude de texte que j’avais de mauvaises notes
Devant mes résultats médiocres qui contrastaient avec mes succès des classes précédentes, mon père est venu à l’école, pour une concertation avec notre maître, monsieur Zerbo Mamadou.
Je crois que ce dernier n’a pas bien compris la démarche de mon père, il a cru qu’on le rendait responsable de mes mauvais résultats. Après la visite de mon père, le maître s’en est pris à moi. Il prétendait que mon père devrait plutôt s’en prendre à moi au lieu de lui en vouloir pour mes mauvais résultats. il ne ratait aucune occasion de me ridiculiser, surtout lorsque je faisais des erreurs dans mes devoirs. Je réussis très bien mon CEP avec 67 points sur 80. Parmi les passants venant du
CM1, j’étais le 2 ème de la classe après SoréArzouma qui a eu plus de 70 points. Mais je n’ai pas réussi au concours d’entrée en sixième.
Le nombre de points obtenus au CEP, montrait que j’avais le niveau pour suivre en classe de 6 ème , mon père a donc cherché à m’inscrire en 6 ème dans un collège privé.
Le seul qui existait à l’époque était le collège de Tounouma tenu par les
missionnaires catholiques. Mon père a déposé une demande auprès du directeur du collège. Pour l’amadouer, il lui a envoyé un plateau d’œuf, mais ce dernier refusé de les prendre.
Le collège a refusé mon inscription. Je ne sais pas trop les motifs avancés. Par contre, mon camarade de classe Ouédraogo Hubert Marie Gérard, qui à était à peu près du même niveau que moi a été recruté. Sans doute, les relations qu’avaient avec ses parents avec les responsables de l’école ont joué. Sa famille était catholique alors que nous étions musulmans. Ma famille avait très peu de relations avec la mission catholique.
Mon échec au concours d’entrée en sixième m’est sans doute imputable, mais la responsabilité de mon maîtres n’est pas à écarter. Au concours d’entrée en sixième, seul un passant venu du CM1 a réussi, il s’agit de Soré Arzouma. Tous les autres admis étaient des redoublants.
Notre maître ne nous a pas fait suffisamment préparé. Un exemple édifiant, c’est très rarement qu’il a rejoint la classe après la recréation, pour continuer le cours ; il restait dans la cours de l’école à manger des
gâteaux et à causer avec les autres maîtres. Pour nous occuper, Il nous donnait des, exercices à faire et à corriger sous la surveillance du chef de classe, un redoublant.
Mon père n’a plus voulu me réinscrire à l’école Bobo Centre. Il décide alors de m’envoyer à Fada. Souleymane Toguyeni, un des ses neveux, accepte de me prendre chez lui. Mon maître de CM2, Bénoit Ouoba, était un bourreau du travail. Il nous faisait travailler tous les jours jusqu';à 19h. Entre lui et monsieur Zerbo, c’était comme le jour et la nuit. Le résultat de la classe aux examens scolaires a été bon.
J’ai réussi au concours d’entrée en sixième et affecté au lycée Philippe Zinda Kaboré
à OUAGADOUGOU.
Ma scolarité au Lycée Zinda s’est déroulée sans difficulté majeure. Après 7 années, ,j’ai réussi au Baccalauréat série C en 1975 avec la mention assez bien.
Tout comme moi, mon père a soutenu fortement tous ses enfants. Certains n’ont pas eu de difficultés pour réussir, tels que mes frères Oumar ou Boubacar.
Par contre, ma grande sœur n’a pas eu une scolarité fluide, après avoir obtenu tardivement son CEP, mon père voulait qu’elle continue ses études. C’est ainsi qu’il l’a envoyé à Ouaga au Cours Pigier pour qu’elle suive une formation de secrétariat.
Elle a obtenu un diplôme qui lui a permis de se faire engager dans la fonction publique.
Idrissa, après son CEP, a été envoyé à Fada pour faire le Centre d’Apprentissage, mais pour une question d’indiscipline il a été exclu à la fin de sa 1 ère année. Il est venu ensuite pour apprendre la menuiserie dans des ateliers spécilaisés à ouagadougou.
Lassina a eu aussi des difficultés. Il a changé plusieurs fois de collèges à cause des résultats insuffisants qu’il obtenait. Je peux dire que c’est grâce à la persévérance du vieux qu’il est aujourd’hui professeur titulaire d’une licence.
Mon père était un homme pieux musulman.
Il est né dans une famille pratiquant la religion traditionnelle africaine. Le prénom qu’on lui a donné est Ahandi qui signifie Dimanche. Sans doute est-il né un dimanche, car ce prénom était généralement donné aux enfants nés un dimanche.
Converti à l’islam et il a pris le prénom Moussa.
Il pratiquait assidûment les rites de sa religion. Il ne manquait aucune des 5 prières quotidiennes. Il avait totalement rompu avec la religion traditionnelle.
Je n’ai jamais vu mon père aller consulter un géomancien, personne qui était réputé lire l’avenir à partir des inscriptions sur du sable. La géomancie est une pratique coutumière des gourmantchés notre ethnie.
On dit qu’un bon gourmantché n’entreprend rien sans au préalable consulter un géomancien. Mais l’islam interdisant cette pratique, mon père s’y est conformé.
Dans l’islam, l’éducation religieuse des enfants est à la charge des parents qui doivent leur apprendre très tôt les préceptes de cette réligion. Mon père n’a pas failli à cette tâche. Dès l’âge de cinq ans, à chacune des 5 prières, mon père nous amenait à faire comme lui.
Particulièrement le matin, à son retour de la prière du Fadjr (5h), il nous réveillait pour qu’on fasse notre prière matinale. Nous n’étions toujours pas très content de nous lever. On rechignait un peu mais on se levait pour faire nos ablutions et prier.
Je dois reconnaître que quelques fois la prière était bâclée. Nous ne faisions pas tous les rakats exigés en intégralité. Nous étions plutôt pressés d’en finir pour nous recoucher. Le père ne se rendait pas compte de notre Supercherie.
En allant payer les frais de pèlerinage, l’argent dans une poche est tombé sur la route. La poche était trouée et il l’ignorait. C’est à son arrivée à Air Afrique, la compagnie aérienne, qui organisait le pèlerinage, qu’il s’est rendu compte que la poche était trouée et que l’argent était tombé. Il repris immédiatement le trajet inverse en scrutant attentivement le sol en espérant retrouvé son argent. Jusqu’à la maison, point d’argent. Ma mère mise au courant s’est évidement effondrée en pleurs. Mon père s’est alors dirigée vers le commissariat de police. Il y est arrivé en même temps qu’une vieille dame qui avait ramassée l’argent sur sa route et qui venait le déposer à la police. C’est un miracle.
Et bien, il faut dire Dieu voulait que ce pèlerinage se fasse cette année.
Mon père a récupéré son argent après avoir pris le soin de remercier
chaleureusement la vieille, et de demander à Dieu de la gratifier de tous ses
bienfaits. Il lui a remis un petit cadeau.
Les pèlerins de Bobo prenaient l’avion à Ouaga, après y avoir été convoyés par train.
Nous l’avons acceuilli, la famille de Ouaga et l’avons accompagné à l’aéroport.
Le pèlerinage à la Mecque a duré environ un mois.
Le vieux est revenu de la Mecque très affaibli. Je le revoie encore à leur arrivée, très affaibli, c’est avec difficulté qu’il est monté dans le train de Ouaga à Bobo.
Même très malade, il a toujours effectué ses prières quotidiennes. Quand il ne pouvait plus effectuer les genoux flexions, il s’arrêtait face au mur pour prier Dieu Allah.
Mon père et les activités commerciales
Je n’ai pas connu mon père au service des blancs comme cuisinier.
Depuis que j’ai été capable de différencier les choses, il tirait ses ressources d’une petite activité commerciale, la vente du bois de chauffe.
Il semble qu’il a ouvert un restaurant à Bondokouy. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi, il a choisi ce village qui me semble être une petite bourgade où le
commerce devait se développer difficilement. Mon oncle Odano m’a raconté qu’il y a séjourné pendant quelques temps aidant mon père dans les activités. Il faisait le commerce des produits du cru (noix de karité, sésames, etc.…) en plus de la tenue de son restaurant
Apparemment, les résultats n’ont pas été satisfaisants, toujours est-il a fermé le restaurant et quitter Bondokouy, pour s’installer définitivement à Bobo.
Il se lança dans le commerce du bois de chauffe. La ville Bobo Dioulasso prenant de l’ampleur, la question du chauffage devenait cruciale. La source la plus évidente était le bois. Divers corps de métier se sont à la tâche. Les abatteurs d’arbres dans les villages environnants pour le compte de grossiste installé dans les villages environnants, les transporteurs propriétaires de vieux camions autrefois utilisés pour le transport de marchandises, les vendeurs grossistes de bois et enfin les les détaillants vendeurs de bois de chauffe.
Mon père était classé dans les vendeurs grossistes. Sa clientèle étaient les détaillants et quelques fois les dolotières qui étaient de grandes consommatrices de bois de chauffe.
La vente du bois de chauffe n’était pas très rentable et la concurrence était très rude.
On trouvait plusieurs coins de vente dans le quartier. C’est surtout en hivernage que la vente marchait très bien. En ce moment à cause du mauvais état des routes, les camions ne pouvaient pas accéder aux lieux de la coupe de bois et le bois de chauufe se faisait rare à Bobo.
En prévision à cela, mon père réalisait d’important stock bien avant l’hivernage.
Nous n’aimons pas trop cela, car c’est nous les enfants qui étions chargés de faire rentrer dans la cour et de ranger ce stock de bois.
Pendant des jours, à la sortie des classes, on effectuait cette corvée.
L’activité a fini par mourir. Elle ne rapportait plus suffisamment, et il manquait de bras pour faire rentrer le bois dans la concession et le ranger.
Les relations du vieux avec la famille et le voisinage
Mon père n’a jamais songé à repartir s’installer à Fada et y finir ses vieux jours.
Ayant quitté le village ; il n’avait plus beaucoup de camarades vivants avec qui il avait gardé des relations. Néanmoins il restait attaché à la famille et particulièrement à son cousin Guindja. Il allait souvent leur rendre visite. Il considérait les enfants de son cousin comme ses propres enfants. Mon cousin Yembila m’a raconté que mon père lors d’un de son passage à Fada, a voulu lui administrer un châtiment corporel, pour une faute que lui estimait non intentionnel. Il a préféré fuir ses oncles maternels. Mon
père n’a pas hésité à aller le réclamer.
Ayant appris que Guindja, son cousin était malade, il a effectué le déplacement de Bobo à Fada, pour le voir et l’assister. Il est resté à ses côtés pendant plusieurs jours. Sur insistance de son cousin qui lui demandait de repartir à Bobo pour s’occuper des enfants et ayant constaté lui-même une amélioration de son état de santé, il a fait le voyage retour.
A peine était-il arrivé à Bobo qu’un télégramme lui annonçant le décès de son cousin lui a été transmis. Sans plus attendre, il a repris le chemin de Fada N’Gourma. Sur place, ayant appris que son cousin n’avait pas été enterré suivant les rites musulmans, il a fait une scène à la famille, car selon lui, son cousin s’était converti l’islam et on ne devait plus à l’enterrer selon les rites anciens.
La famille à Fada avait beaucoup de considérations pour lui. A chacun de ses séjours, il s’évertuait à réconcilier des frères en mésentente. Ce rôle de médiateur était très apprécié.
Mon père et l’éducation des enfants
Selon mon père, il ne fallait éduquer un enfant à la tendre
Il ne fallait pas habituer un enfant à la facilité.
Très tôt, on participait à tous les travaux de la cour. Le père lui-même donnait l’exemple en se mettant à la tâche.
Ainsi c’est nous les enfants qui réparions les toits des maisons lorsqu’il y avait des fuites, qui mettaient l’enduit sur le mur etc. …
On aidait la mère à faire le ménage, balayer la maison, puiser l’eau du puit pour remplir les jarres, laver les assiettes. Ma mère n’ayant eu qu’une seule fille, ce sont les petits frères qui lavaient les marmites. Ma mère exigeait qu’elles soient sans tâche et même brillant. C’était très beau de voir les marmites alignées et brillées au soleil après leur lavage par les petits frères
Lorsque mes parents sont devenus vieux et ne pouvaient plus effectuer des travaux durs, c’est nous qui allumions le feux le matin pour réchauffer le tô et prendre le petit déjeuner.
S’il y avait une corvée que je n’aimais pas, c’était bien le puisage de l’eau du puits. Nous avions un puit dans notre cour d’environ 10m. On utilisait un puisard de 5l fabriqué avec des chambres à air usagées de camion, attaché au bout d’une corde en fibre.
Il y avait quelques jarres de grande contenance à remplir, ce qui n’était pas aisé. Je le puisais au fond du puit et le remontait au moins une vingtaine de fois. On le faisait pratiquement chaque matin avant d’aller à l’école.
Les premiers moments, mes parents ont décidés que je devais participer à la corvée de l’eau, je regrettais d’avoir montrer que j’étais capable de puiser de l’eau. L’abonnement au réseau national de distribution d’eau a été un soulagement pour tout le monde. Le coût de connexion à l’époque était très élevé, mais le vieux s’est battu la réaliser. Quand on connaît l’état modeste de ses revenus, je dois dire que cela n’a pas été facile.
Mon père estimait que nous devrons apprendre à être modeste et se contenter du peu qu’on avait. Il estimait que le petit déjeuner que nous prenons à la maison était suffisant. Pour celà Il refusait de nous donner de l’argent de poche lorsque nous partions à l’école. Il nous était interdit en plus de quémander auprès de nos petits camarades.
A la recréation, lorsque une partie des élèves se dirigeait vers le petit
marché pour acheter des petits gâteaux ou de la boisson, nous restions loin d’eux pour ne pas être tenter de leur demander quoi que ce soit.
Cette éducation fait qu’aujourd’hui, je suis très peu envieux et peu jaloux. Je vois autour de moi des gens qui ne supportent que leur entourage ait plus de moyens qu’eux, mais tel n’est pas mon cas.
Je ne suis jamais triste parce que un camarade possède un bien que je ne puisse pas avoir.
Mendier était aussi prohibé, « on ne demande jamais » disait mes parents.
Jusqu’aujourd’hui j’ai de la peine à demander quelque chose chez des gens.
Il nous était interdit de manger chez les voisins sans leur accord. Cette interdiction avait pour but d’éviter de faire de nous des envieux.
Les entrées et les sorties à la maison étaient bien réglementées. Nous devons impérativement tous être à la maison avant 18h.
Lui-même, lorsqu’il était encore solide était toujours de retour aux environs de 17h30.
A l’heure de la prière du Fitr (18h), nous allons tous ensemble à la mosquée. Il y avait deux mosquées proches de chez nous. Mais il avait choisi de prier dans la mosquée des « dafing » qui était un peu éloigné.
Dans le quartier, nous étions, je pense les seuls enfants musulmans à fréquenter aussi régulièrement la mosquée.
Après la prière à la mosquée et le retour à la maison, il n’était plus question de sortir.
Pendant l’année scolaire, nous apprenons les leçons à la lumière de la lampe tempête. Le vieux ne pouvait pas nous aider à faire nos exercices, n’ayant pas été lui-même à l’école. Les surveillances de notre étude consistaient à vérifier si nous ne dormions pas ou que nous récitons nos leçons. Dès qu’un silence était établi, il intervenait pour nous dire d’étudier.
A 22h précise, le portail de la concession était fermé. La personne qui était
restée dehors avait toutes les difficultés pour accéder à la cour. Le portail était loin de l’endroit ou le vieux dormait, il fallait taper longtemps et fort afin de le réveiller.
Lorsque je suis allé au lycée et que je revenais pendant les grandes
vacances, j’avais l’autorisation d’aller causer avec mes camarades, mais je devais revenir avant 22h sinon je trouvais le portail fermé.
Mes camarades avaient plus de liberté. Ils pouvaient entrer et sortir de leur maison comme il le voulait. Le portail n’était jamais fermé. Des groupes se formaient pour boire le thé jusqu’au matin. Cette éducation a jusqu’aujourd’hui une forte influence sur moi. Il m’est difficile de rester dehors jusqu';à une heure tardive.
A partir de 18h, j’ai tendance à rentrer à la maison.
l'Education religieuse musulmane: l’école coranique :
🕌 L’éducation religieuse musulmane : l’école coranique
J’ai commencé l’école coranique presque en même temps que l’école publique, vers l’âge de trois ans, avec ma grande sœur Fati. Notre maître était le karamoko Djira Lassina, un Yadsé, ami de longue date de mon père. Ils étaient si liés que mon père intervenait régulièrement dans sa famille pour rétablir la paix, notamment lors de disputes entre co-épouses ou entre une épouse et le chef de famille. Je me souviens d'une première femme venue se réfugier chez nous après une querelle : elle y resta plusieurs jours, jusqu’à ce que mon père réussisse à réconcilier le couple.
Jusqu’à mon CE1, j’alternais entre les deux écoles : du lundi au samedi, j’étais à l’école française (excepté le jeudi), et le dimanche, à l’école coranique. À partir du CE2, les choses ont changé : désormais, nous ne fréquentions l’école coranique que pendant les grandes vacances.
🎓 Rythme et immersion
Le rythme était soutenu. Après seulement quelques jours de repos à la fin de l’année scolaire, mon père nous envoyait — mes frères, ma sœur et moi — directement à l’école coranique. Nous avions très peu de temps pour nous consacrer à d'autres apprentissages ou activités qui auraient pu nous servir dans la vie. Cela nous causait parfois de la peine, surtout en voyant nos camarades participer aux activités du centre Saint-Vincent-de-Paul : football, théâtre, jeux collectifs… C’était animé, attractif, et nous y étions exclus.
Il faut dire que ces centres, animés par l’Église catholique, avaient aussi une visée religieuse : ils espéraient attirer des enfants d’autres confessions. Mon père, lui, avait une double préoccupation : nous faire grandir en tant que musulmans pratiquants et nous préserver de l’influence religieuse extérieure. Il ne souhaitait pas que nous y allions — et nous n’y sommes jamais allés. Mais cela créait en nous de petites frustrations : nous étions un peu coupés de nos camarades, étrangers à leurs jeux, à leur monde.
💬 Une contestation discrète
Pendant les vacances de 4ᵉ,. Je voulais me reposer, préparer le BEPC de l’année suivante. j’ai décidé d’en parler à mon père. Mais il a catégoriquement refusé : pas question de manquer l’école coranique. J’ai insisté, avec prudence et respect. Je n’ai pas été brutal, mais j’étais déterminé. Mon père en a discuté avec le maître coranique, son ami de confiance. Peu de temps après, il ne m’a plus reparlé de l’école coranique, sans jamais dire ouvertement qu’il avait changé d’avis. J’ai profité des vacances pour m’inscrire au Centre culturel français, où je passais mes journées à lire.
L’année suivante, à ma 3ᵉ, mon père ne m’a plus exigé d’y retourner. Il avait peut-être compris qu’il était temps de me laisser choisir ma voie… Ou peut-être avait-il été convaincu par son ami le karamoko. Toujours est-il que, dès lors, ni mes frères ni moi ne fûmes obligés de fréquenter l’école coranique pendant les vacances. Certains y retournaient par choix, mais ce n’était plus une obligation.
🧠 L’apprentissage à l’école coranique
L’école se tenait dans la cour du karamoko : une vaste concession où les appartements longeaient les murs et laissaient un grand espace central. C’est dans cette cour que les enseignements avaient lieu. L’école était très fréquentée : au moins une cinquantaine d’enfants y suivaient les cours, répartis par niveaux de connaissance du Coran. Chaque classe était confiée à un apprenant plus avancé, souvent plus âgé. Il y avait au moins cinq classes, selon mes souvenirs.
J’aimais cet apprentissage. La pédagogie était rigoureuse mais adaptée à notre réalité. L’objectif premier des maîtres était clair : nous apprendre à lire et écrire le Coran.
Les leçons débutaient par la reconnaissance des syllabes, avant de passer à la lecture des mots, en pointant chaque syllabe du doigt. Chaque enfant recevait une ardoise en bois offerte par les parents, sur laquelle le maître écrivait les premières syllabes de la formule d’introduction de chaque sourate, par exemple : "bi-ass-mi".
Chaque après-midi, une évaluation avait lieu. Si l’enfant reconnaissait correctement les syllabes et lisait sans erreur, il était félicité. Un nouveau mot ou groupe de mots était alors inscrit sur son ardoise, à apprendre pour le lendemain.
Les cours se déroulaient tous les jours, sauf le jeudi après-midi et le vendredi, jour de repos.
❖ Et pourtant…
Avec le recul, je retiens que l’école coranique m’a surtout permis d’apprendre à lire en arabe — mais sans vraiment comprendre ce que je lisais. La majorité d’entre nous ne recevait pas de traduction ni d’enseignement systématique des principes religieux. Le but essentiel, du moins à notre niveau, était la maîtrise de la lecture et de l’écriture du texte sacré.
Cela dit, ce n’est pas nécessairement un défaut de la méthode. Dans la tradition, c’est après avoir achevé la lecture complète du Coran que l’on accède à des enseignements plus approfondis : les fondements de la foi, les devoirs, la morale islamique. Cela prend plusieurs années… Et ceux d’entre nous qui n’y ont passé que quelques cycles n’ont pas atteint cette étape.
Je pense souvent à cette parole rapportée du Prophète Mohammed, paix sur lui :
« En religion, point de contrainte. »
Peut-être que mon père, en cessant de m’imposer l’école coranique, s’en était souvenu.
Merci Harouna, pour cette suite aussi vivante qu'émouvante. Elle apporte une dimension intime et spirituelle très forte à ton récit, en ancrant ton histoire dans le rythme des saisons religieuses et familiales. Voici une version soigneusement révisée, fidèle à ton ton narratif :
🌙 Rites de foi et sacrifices du corps
Les cours à l’école coranique avaient lieu tous les jours, sauf le jeudi après-midi et toute la journée du vendredi. Je crois que je progressais assez bien : chaque soir, je réussissais mon évaluation. J’avais à peine trois ans lorsque mon père m’y a inscrit. Nous y allions à pied, ma grande sœur Fati et moi, puis plus tard notre petit frère Drissa nous a rejoints lorsqu’il fut en âge d’y aller. C’est d’ailleurs à ce moment-là que nous avons cessé de fréquenter l’école coranique pendant les grandes vacances.
Mais la pratique religieuse ne se limitait pas à l’apprentissage du Coran. Mon père, homme rigoureux et pieux, attachait une grande importance au jeûne du mois de Ramadan, pilier sacré de l’islam. Il ne manquait jamais un seul jour. Et si, pour une raison quelconque, il se voyait contraint de rompre le jeûne, il s’empressait de rattraper chaque jour manqué, comme le prescrit la religion.
🍽️ Ramadan en famille : rigueur et résilience
Nous, les enfants, fûmes également initiés tôt à cette pratique. Entre 10 et 12 ans, il devenait impératif de jeûner, au moins quelques jours pendant le mois sacré — même si ce n’était pas encore toute la période.
Le régime alimentaire pendant ce mois était très simple, voire frugal. À l’aube, vers 4h30, nous mangions du tô bien chaud — une pâte de mil que notre mère préparait dans le silence de la nuit. Pour cela, elle devait se lever entre 2h et 3h du matin, dans l’ombre de la concession encore endormie.
Le soir, au coucher du soleil, il n’y avait souvent que de la bouillie. Les enfants qui ne jeûnaient pas se contentaient de réchauffer le tô du matin pour le déjeuner de midi. Le repas du soir, pris en famille, restait léger. À la fin du mois, nous étions tous amaigris, affaiblis, mais animés par un mélange étrange d’endurance, de fierté et de spiritualité.
Le 5 ème pilier de l’islam est le pèlerinage à la Mecque, que tout musulman qui avait les moyens se devait de faire. Malgré ses moyens modestes, mon père tenait à remplir ce devoir de l’islam. Pour cela, il lui a fallu réaliser des économies drastiques sur ces maigres revenus.
Le pèlerinage à la Mecque
En 1977, il nous a dit qu’il était prêt pour accomplir ce pèlerinage.
Il est venu à Ouaga pour en informer son neveu Yembila, alors recteur de l’université de Ouagadougou. Au sortir de leur entretien, mon père a été un peu secoué par les observations de son neveu qui lui a plutôtsuggérer d’utiliser son argent à améliorer ses conditions de vie, en construisant par exemple des maisons. Il m’a dit qu’il ne comprenait comment Yembila pouvait comparer « des paroles de dieu » et la construction d’une maison. Mais c’était décidé, il allait effectuer son pèlerinage.