lundi 30 septembre 2013

Saye Zerbo

Ce que je retiens de Saye Zerbo.

1- la prise du pouvoir.

Le 25 novembre 1980, nous avons été réveillés par les clairons et la musique militaire, ponctués régulièrement par une déclaration lue par un certain capitaine Kambou.
Saye Zerbo, à la tête d'un groupe de militaire, baptisé Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National," CMRPN" venait de prendre le pouvoir en renversant le président Sangoule Lamizana et le gouvernement de la 3ème république. 

Les militaires décident que: le colonel Saye Zerbo président du CMRPN, assume désormais les fonctions de chef d’Etat, de président du conseil des ministres, de chef des armées, etc… La constitution de 1977 est suspendue, l'Assemblée Nationale est dissoute, les partis politiques sont interdits, etc. L'Etat démocratique, qu'on avait mis en place il y a à peine deux ans, caractérisé par une constitution voté à une large majorité, un parlement pluriel, et des partis politiques libres de s'exprimer, venait d'être terrassé. Ainsi en quelques heures, on venait de passer d'un régime démocratique à un régime autocratique militaire.
 Comment se fait il que la 3ème république se soit effondré aussi facilement? Plusieurs raisons: - la culture démocratique n'était encore ancré dans notre société, si bien que la défense de la constitution et du régime démocratique n’était pas l’affaire de la majorité de la population. Des intellectuels même ont applaudi cette chute d’un régime démocratique. - le gouvernement de la 3ème république avait pris tellement de mesures impopulaires qu'il s'était aliéné une bonne partie des intellectuels, et des syndicats des travailleurs.

 La chute du régime de la 3ème république s’est faite facilement et sans effusion de sang. En réalité, le pouvoir avait déjà échappé au gouvernement de la 3ème république qui ne contrôlait plus rien. Issoufou Joseph Conombo, 1er ministre à l’époque, lors de son audition à son procès devant les TPR a brossé un peu la fin de leur pouvoir. Il explique que quelques heures avant que les militaires ne passent à l’action, il a eu vent que quelques choses se tramaient au camp militaire de Goughin. Il a alors envoyé une délégation au camp pour en savoir davantage et avoir le cœur net . La délégation a trouvé le camp en état de préparatifs d’une opération. Interrogée pour connaitre le mobil, on leur a répondu que la garnison se préparait à un entrainement militaire. Bien entendu, la délégation n’a pas été dupe, mais est répartie, sans un mot convaincue que leur régime n’avait plus quelques heures à vivre. Chacun des membres du gouvernement est rentré chez lui ce soir, se résignant à une arrestation imminente. Au petit matin, des groupes de militaires se sont rendus au domicile des dignitaires pour les cueillir et les conduire au camp militaire pour un internement qui allait durer quelques années.

 Pour gouverner Saye Zerbo va s'appuyer sur quelques partis politiques dont le MLN du professeur Joseph Ki Zerbo et sur l'église catholique qui dès le départ lui a manifesté son soutien. En effet le cardinal Paul Zoungrana à la sortie d'une audience avec Saye Zerbo, au lendemain du coup d’Etat, déclara que ce changement de régime était une grâce Divine. Le frère cadet du Cardinal Zoungrana entra dans le gouvernement mis en place par les militaires. Il occupa le poste de ministre de la fonction publique. C'est donc dire que l'entente était parfaite entre le cardinal et le colonel.
 2- la gestion du pouvoir par Saye Zerbo
 a- le gouvernement de technocrates.
Rarement un aussi grand nombre de technocrates, sans couleur politique apparente , ne firent leur entrée dans un gouvernement voltaïque. La volonté affichée de Saye Zerbo d'ouvrir les grands chantiers de développement était réel. On se souvient encore de certains ministres qui vont insuffler un bon rythme de travail au ministère dont il avait la charge. Je pense que des avancées significatives ont été réalisées par certains d’entre eux. on peut citer entre autres: Zoungrana Alexandre a la fonction publique qui lutter contre le laxisme dans son ministère, Sib SIE Faustin a l'enseignement supérieur qui donnera un souffle nouveau à l’enseignement supérieur., Albert Patoin Ouedraogo à l'éducation nationale, Dr Kyelem à la santé, capitaine Gnoumou Kani Gaston au travaux publics, etc'... Pour rétablir la dignité du peuple qu’il estimait maltraité et humilié dans les plantations de côte d’ivoire, Saye Zerbo va essayer de réglementer, l’émigration vers ce pays. Il va instituer un laisser passer qu’il fallait obtenir avant de franchir la frontière. Cette mesure n’a pas été bien accueillie par tout le peuple, car sa conséquence était une diminution des revenus tirés de cette émigration. Cette mesure a mécontenté fortement les ivoiriens qui se sont vus amputés d’une bonne partie de leur main d’œuvre bon marché. Il semble même que leur production agricole a fortement chuté durant cette période.
 b- la remise en cause du droit de grève et la répression des syndicats 
Le régime va vite entrer en conflit avec les syndicats. Estimant que les dispositions de la loi de 1958 qui règlemente le droit de grève n'était pas adapté, il voulut prendre par ordonnance une autre loi pour régir le droit de grève des fonctionnaires. Le premier texte qu’il va prendre va même supprimer le droit de grève. Devant la grogne des travailleurs et certainement sur les conseils de quelques personnes avisées, il reviendra sur sa décision de suppression mais introduira des dispositions dans les procédures qui rendaient la grève légale pratiquement impossible. Bien sûr, il va se heurter à l'opposition des syndicats. Des mots d’ordre de grève furent lancés pour contraindre Saye Zerbo à revenir sur sa décision. Pour éviter d’être arrêté des syndicalistes comme Soumane Toure vont entrer en clandestinité. Le STOV « syndicat des techniciens et ouvriers voltaïques » sera la cible du pouvoir militaire. La direction du syndicat et certains militants actifs vont être kidnappé nuitamment en leur domicile et conduit à Dori, ville située à 285 km au nord de la Haute Volta pour y être emprisonné. C'était la un acte arbitraire et illégal. Aucune procédure judiciaire n'a été engagée en leur encontre. Ils y passèrent 6 mois sans qu'aucun membre de leur famille ou amis ne puisse leur rendre visite. Un de mes parents et amis, était de ceux qui ont connu ce calvaire. En son absence, sa femme qui était en grossesse, a failli accoucher sur la route de la maternité, car son mari n’était pas là pour la soutenir en ces instants délicats.
 c- sa tournée a travers le pays;

Saye Zerbo est le seul d'Etat à avoir entrepris une tournée de tout le pays. Il alla à la rencontre de la population jusque dans les villages les plus reculées ou les plus inaccessibles du pays. J'étais à Diapaga, comme professeur au CEG, lorsqu'il y arriva en novembre 1981. Le comité d'organisation mis en place dans la sous préfecture invita tous les villages à participer à l'accueil du président. Tous les villages envoyèrent leur contribution constituée essentiellement d'animaux, de céréales et d'argent liquide. Des délégations ont été constitués dans chaque village pour venir à Diapaga pour participer à l'accueil du chef de l’Etat. Quelques faits ont marqué les esprits lors du passage de Saye Zerbo à Diapaga. - De la manière la plus simple, il a rendu visite à ses anciens compagnons, dont Ouali Sougoulimpo, en leur domicile. C’était bien. - Le chef de Tansarga, très respecté et craint dans la région, a bousculé le programme des interventions lors de la cérémonie. Il n’avait pas été prévu qu’il prenne la parole, mais il a pu obtenir le droit de s’adresser directement au président pour le féliciter et lui prodiguer quelques bénédictions. A la fin de son discours il a offert un taureau tout blanc à Saye Zerbo. - Longtemps après le passage de Saye Zerbo, un nombre important d’animaux qui avaient été collectés pour servir à l’accueil du chef de l’Etat étaient toujours parqués devant la préfecture. On ne sait pas trop ce qu’on en a fait.

 3- la chute de Saye Zerbo
Saye Zerbo a fait moins de deux ans au pouvoir, le 7 novembre 1982, il tomba lui aussi suite à un coup d’Etat organisé par un groupe de jeunes militaires dont Thomas Sankara. On se souvient que ce dernier avait démissionné avec fracas du gouvernement de Saye Zerbo en clamant « malheur à ceux qui bâillonnent leur peuple »
Saye Zerbo n’avait pas compris que le mécontentement du peuple des travailleurs trouvait un écho auprès des jeunes officiers.

 C’était là son erreur fatale.

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