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mercredi 8 juillet 2026

La mère d’une élève arrache sa fille des mains du professeur pédophile



 3- La mère d’une élève arrache sa fille des mains

du professeur pédophile



Kameda, professeur, jouissait d'une réputation sans faille de garçon charmeur, il attirait les jeunes filles et, avait comme penchant préféré, des rapports sexuels fréquents avec les jeunes filles de son collège. Il semble que peu de filles-élèves,  pouvaient lui échapper lorsqu’il jetait son dévolu sur elles. Il n’était pas particulièrement charmant au point que toutes ses filles lui tombassent dans les bras, je crois plutôt que son statut de professeur lui facilitait la tâche. C’était aussi une vedette musicale, et avait dans son répertoire, quelques chansons populaires.  

Comme tout établissement d’enseignement, nous avions au programme l’organisation d’activités culturelles. Elles se résument en gros à l’organisation au cours de l’année d’une soirée culturelle, dans une des salles de fêtes de la ville. Au programme de la soirée: du théâtre, des chansons interprétées ou originales, des ballets, etc. 

La soirée culturelle était généralement organisée en fin de 2ème trimestre. Le 3ème trimestre étant très studieux, est réservé à la préparation aux examens scolaires. Il s’agissait de ne pas déconcentrer les élèves des classes d’examens dans leurs préparatifs. 

L’organisation de la semaine culturelle était un gros challenge pour le bureau des élèves. Elle exigeait de la part des leaders une grande capacité managériale et une forte concentration. Les cours n’étant pas suspendus pendant les préparatifs, les organisateurs se devaient donc d’avoir de fortes capacités de travail, pour allier activités culturelles et concentrations sur les études.  Tous les élèves étaient conscients du sacrifice qu’il fallait consentir.  Si bien que les délégués généraux qui la réussissaient,  restaient populaires auprès de leurs camarades même après leur départ de l’établissement. 

La semaine culturelle n’était pas seulement une affaire du bureau  des élèves mais de tout l’établissement; administration et enseignants s’y investissaient. 


A l’époque, il y avait des échanges culturels entre établissements de villes proches. Les villes de Radhac et de Gadiap s’inscrivaient dans ce registre.  Une année sur deux, la troupe culturelle de l’établissement d’une des villes se déplaçait dans l’autre ville partenaire pour une représentation théâtrale. En cette année, c’était au tour de Gadiap de se déplacer à Radhac. Tout l’établissement: professeurs, administrations, et élèves s’activaient à l’organisation d’un tel déplacement. 

Au programme dans la ville partenaire: des matchs de football ou de handball, des ballets, du théâtre, des chansons de vedettes en herbe, etc…

Le déplacement et la représentation avaient en général lieu en fin du mois d’avril, pour laisser suffisamment de temps aux élèves pour préparer  leurs examens de fin d’année.

En comme déjà dit; tous les professeurs s’activaient aux côtés du bureau des élèves dans cette organisation. 

Notre collègue professeur de français était le plus impliqué dans l’organisation puisque c’était lui le metteur en scène de la pièce de théâtre. 

C’était donc lui le plus fréquent à la maison-des-jeunes où avaient lieu les répétitions. 

Il n’y avait pas d'horaire précis pour les répétitions. On commençait tôt et on finissait tard.  Il fallait beaucoup de temps pour que les jeunes élèves assimilassent les gestes et paroles fixés. 


Que s’était-il passé lors de ces répétitions ? Quelques bruits commençaient  à circuler sur le comportement du professeur entraîneur et metteur scène. Il semblait qu’il entretenait des relations sexuelles avec quelques filles inscrites au ballet ou au théâtre. 

L’administration avait certainement entendu ces rumeurs mais n’y avait pas prêté attention. Par conséquent on pouvait dire que tout se passait bien !


Une mère furieuse et déterminée  


Mais, ce jeudi, après les entraînements, la mère de Leslie a attendu en vain, après l'heure convenue, l’arrivée de sa fille à la maison. Depuis quelques temps elle était anxieuse. Les rumeurs couraient depuis un certain temps, sur les relations sexuelles qu’entretenait le professeur avec sa fille. Une douleur poignante lui traversait le cœur lorsqu’elle y songeait. Elle prit la résolution d’y mettre fin quel qu’en soit le prix. Elle demanda et obtint des informations sur le lieu où le professeur amenait sa fille après les répétitions. Comme pour se donner du courage, elle répétait en marchant et en pleurant “il faut  que cela s’arrête”. Les autres femmes de la cour la consolaient et  l’encourageaient.

N'ayant pas vu arriver sa fille à l'heure habituelle normale,  elle se leva, noua bien son pagne autour de ses reins  et prit la direction du centre-ville. Sa résolution était prise, elle se doit de mettre fin à cette imposture.

En marchant, elle priait pour que les informations qu’on lui avait données sur les relations de sa fille avec le professeur soit fausse.  Elle fit une halte au domicile du professeur et demanda à le voir. On lui dit que le professeur n’était pas encore  rentré.

Elle se dirigea  droit vers le domicile de Zan, un ami du professeur. Dans la cour de ce dernier, un groupe d’amis, fonctionnaires, jouait aux cartes. Elle s’arrêta pour les saluer et se dirigea directement vers la chambre à coucher de Zan. 

Que s’était-il passé ? Avait elle pu entrer? Qu’avait-t-elle vu ?  Elle n’a jamais voulu en parler. Personne n’a narré cette partie de l’histoire.

Ce qu’on sait; c’est que  la mère est sortie du bâtiment tenant fermement la main de sa fille. Sans un mot,  elle dépassa le groupe de beloteurs et se dirigea vers son domicile.

Le lendemain matin,  le père de notre élève s’est présenté très tôt devant la direction de l’établissement. Et il a été reçu par le directeur pendant un certain temps.  

Plus tard, le directeur nous a fait un résumé succinct de leur entretien. Le père de la fille, fonctionnaire retraité des cadres supérieurs, décorés de plusieurs médailles, est venu, nous dit-il,  lui rappeler les devoirs d’un fonctionnaire et particulièrement d’un enseignant dans leurs rapports avec les enfants que la république leur a confiés. De manière claire le parent lui aurait expliqué qu’un enseignant de son établissement a manqué à ses devoirs, et a eu un comportement condamnable vis-à-vis de sa fille. 

Il a la possibilité, aurait-il dit, de déposer une plainte, auprès des autorités compétentes, pour « abus sur personne mineure à lui confiée » 

Mais ajouta t-il,  il ne le fera pas, par humanisme, pour ne pas briser la carrière d’un fonctionnaire. Il espère surtout dit-il que des leçons seront tirées par l’enseignant et sa hiérarchie pour que pareille situation ne se reproduise plus. 

Je ne sais pas si le directeur a eu un entretien officiel avec le professeur. A-t-il fait un rapport aux autorités supérieures ? Je n’en sus rien, mais probablement l’affaire a été étouffée. C’est un peu la règle. Personne ne veut assumer ses responsabilités pour redresser une situation pourrie. 


C’est ce jour d’ailleurs que la troupe artistique du collège devait quitter Gadiap pour Radhac. Le professeur incriminé  devant être le chef de convoi.  Le directeur prenant enfin sa responsabilité déchargea le professeur de français de la mission de Professeur accompagnant. 

Et ce fut sur  moi, que le Directeur a reporté cette responsabilité.

Avec beaucoup d'émotions, le Directeur me demanda d'assumer la responsabilité de conduire la troupe culturelle du collège  de Gadiap à Radhac. Je n’avais pas, bien sûr,  prévu un tel scénario, mais je ne pouvais pas refuser. Il fallait que j’assume. 

C’était une mission de confiance qui allait m’amener à relever plusieurs défis. 

Et je devais réussir, de conduire une vingtaine d’élèves dans une ville lointaine, les amener à réussir l’activité culturelle qu'ils préparaient depuis plusieurs mois, et enfin les ramener à la maison. J’étais conscient, que je ne m’y connaissais pas, en matière d’activités  culturelles et dans l’encadrement de jeunes élèves hors de leur localité , mais je me disais : “allons !!! Ça ira” !!!

Je suis reparti, sur le champ, à la maison pour me préparer  et emporter avec moi le strict nécessaire pour un voyage de quelques jours.

Et quelques minutes, je fus prêt, et nous prîmes la route.  Le trajet s’est déroulé sans incident. Et, nous sommes arrivés à Radhac,  peu après la tombée de la nuit. 

L’administration du collège hôte nous attendait. Elle avait bien préparé notre arrivée. Les élèves furent conduits dans leur lieu d’hébergement. 

Le Directeur avait préparé, en son domicile, une chambre pour le professeur accompagnant. 


Le lendemain matin, très tôt, nous nous sommes retrouvés sur le lieu de la prestation. C'était dans  l’enceinte de la mission catholique, ou un espace fermé avec un podium non couvert, aménagé  pour les projections cinématographiques, et les prestations théâtrales.  Il pouvait contenir au moins trois cent personnes. 

Nous nous sommes immédiatement mis au travail pour aménager les lieux. Nous avions apporté avec nous quelques banderoles multicolores, que nous avons déployées autour de la scène. 

Il n ' y avait pas de sonorisation. Les acteurs devaient élever la voix pour se faire entendre. 

Il y eu du monde ! La population de Radhac est massivement sortie pour assister à notre spectacle. C’était  vrai que les manifestations culturelles étaient rares, et donc forcément toute prestation attirait des foules. 

C’est avec beaucoup d’émotions que j’ai pris la parole pour remercier les Radhclais, ayant  à leur tête, des autorités administratives,  d’être venus très nombreux à cette soirée. C’était  dû certainement à la réputation de notre collège qui depuis plusieurs années leur offraient  des spectacles de bons niveaux. La salle comble était la manifestation concrète de cette popularité. 

Je leur promets que cette fois-ci  encore, nous essayerons d’être à la hauteur et nous ne les décevrons pas. Voilà! L'introduction est faite! le spectacle pouvait commencer.   


Plusieurs de nos séquences ou  scènes ont reçu de longs applaudissements et ponctués des cris de joie. 


Malgré l’absence du professeur instructeur, nos élèves se sont donnés à fond, tant en théâtre qu’en ballets. Selon le dire des spectateurs-observateurs, notre prestation fut un succès.  Nos élèves ont en quelque sorte respecté la tradition que leurs aînés avaient imposée c’est-à-dire se faire longuement applaudir par les Radhaclais.


Ce fut une joie immense pour nos acteurs-élèves, La joie des spectateurs les avait irradiés.

Bien que profondément joyeux, il me restait une dose de sérénité: je me demandais, si notre succès n’était pas garanti dans tous les cas. Radhac  était une ville relativement isolée. Comme toutes les villes de l’intérieur du pays, l’accès était difficile compte tenu  du mauvais état des routes. Les promoteurs de spectacles ne se bousculaient pas pour y venir et dérouler leur répertoire. 

La distraction majeure des fonctionnaires et des lettrés étaient les jeux de cartes et principalement de la belotte. 

La prestation d’une troupe théâtrale était donc, une aubaine induisant un changement dans leur activité quotidienne. On peut dire que presque tous les fonctionnaires se retrouvaient forcément au lieu d’une  prestation quelle qu’elle soit.  Très souvent même, on refoulait du monde, à l’entrée du spectacle par manque de places.

 

On a mis du temps ce jour-là dans les dortoirs, avant de trouver le sommeil. Chacun des acteurs ou encadreurs avait une scène extraordinaire à raconter. 

Mais en fin de compte, le sommeil finit par prendre le dessus. 


Le retour à Gadiap

Le retour était prévu pour le lendemain matin. Le réveil fut difficile pour les  acteurs et encadreurs. Mais  je me devais d’être alerte et organiser convenablement  le retour à Gadiap. 

Il nous  fallait impérativement quitter tôt, pour ne pas faire une partie trajet dans la nuit. C’était trop risqué, car une partie des zones traversées étaient peu habitées  et il y avait quelques risques  se retrouver en face  d’animaux sauvages dont même des lions. Je crois que tout le monde en était conscient, car je les voyais véritablement s’activer. 

On finit par démarrer aux environs de 10 heures. 


Le trajet s’est passé sans encombre. Pas une seule panne n’a été enregistrée. Pas un seul lion ou autre animal  sauvage n’a été aperçu  sur la voie. 


Nous sommes arrivés à Gadiap aux environs de 17 heures. 7 heures pour environ 200 km sur une route dégradée c’est presque un exploit pour le chauffeur, le vieux Djadama. 

Un comité d’accueil nous attendait. Des cris de joie lancés par un groupe important d’élèves se firent entendre à notre descente du véhicule. Ce fut des embrassades à ne pas finir. 


Je fis un pré-rapport succinct au  Directeur qui en retour me félicita chaleureusement. J’étais bien fier d’avoir réussi la mission malgré la forte tension qui m’avait assailli au départ. 


lundi 4 mai 2026

Le difficile recrutement des élèves en complément d’effectifs

 Le difficile recrutement des élèves en complément d’effectifs dans un collège public



J’ai été nommé directeur du collège par intérim en remplacement du directeur en poste qui venait d’être appelé à de hautes fonctions dans la capitale. Ce dernier avant de partir m’avait informé qu’il allait me proposer à ce poste si je n’y voyais pas d’inconvénients. Devant mon hésitation manifeste, il m’a encouragé à accepter car dit il c’est une étape normale et souhaitable dans la carrière de tout fonctionnaire. J’ai donc accepté et il a transmis sa proposition à la hiérarchie à Ouagadougou qui l’a approuvée. 


Après une simple passation de service, le directeur a quitté Mogodia  pour rejoindre son poste de directeur de cabinet à Ouagadougou.


Il me revenait de continuer la mise en œuvre du programme scolaire de l’année. 

En particulier, je me devais d’organiser la fin de l’année scolaire en tenant les conseils de classes de fin d’année et en préparant la rentrée scolaire prochaine. 

L’une des tâches importantes d’un directeur était le recrutement de nouveaux élèves en complément d’effectifs dans toutes les classes et particulièrement en classe de 6ème 


Le recrutement en classe de 6ème 

Il y a quelques années, au Burkina Faso, accéder en classe de 6ème, pour un élève était extrêmement ardu, car  il n'y avait pas suffisamment de collèges et de lycées tant public que privé sur l’étendue du territoire national. La voie principale d’accès en cette classe était la réussite au concours d’entrée en 6ème. En général dans une classe de CM2 avec une moyenne de 60 élèves, seule une poignée d’élèves qui n’excédait pas une dizaine d’élèves étaient admis au concours d’entrée en 6ème. Le grande majorité des élèves repartait dans les champs pour cultiver ou et ceux qui habitaient des villes,  apprenaient un métier pour s’installer plus tard à leur compte.  

Certains des échoués dont les parents sont fonctionnaires, commerçants aisés ou notabilités de la ville arrivaient à obtenir des inscriptions dites parallèles dans les collèges ou lycées publics. 


Quelques établissements privés commençaient à ouvrir leurs portes dans les grandes bourgades. Mogodia  n’avait en ce moment aucun collège privé. Donc, sans inscription dans le seul collège de la ville, l’élève non admis en 6ème , dans la grande majorité des cas, repartait s’adonner aux travaux champêtres ou se mettaient en apprentissage dans l’un métiers en vogue, principalement : maçon, mécanicien, peintre, etc .


Prioritairement les places en 6ème sont réservées aux élèves admis au concours d’entrée en 6ème et affectés dans notre établissement par la commission nationale d’affectation. 

En général le CEG de Mogodia ne recevait pas beaucoup d’élèves en classe de 6ème, tout au plus une quinzaine d’élèves du fait du faible taux de scolarisation dans cette région de l’extrême Est du Burkina Faso. En effet, dans toute la région, il n'y avait au maximum que 5 classes de CM2.  Le taux de succès moyen  au concours d’entrée en 6ème ne dépassait guère 4 élèves par classe, soit un maximum de 20 admis pour toute la région. 


Il était admis que le directeur du CEG organise un recrutement d’élèves en 6ème  en complément d’effectifs. A ma connaissance il n’y avait pas de directive précise organisant ce type de recrutement. Chaque directeur l’organisait  donc en fonction des règles qui lui sont propres. 

Je me devais donc moi aussi de fixer mes règles de recrutement d’élèves : 


Par note de service,  j’ai fixé les priorités de recrutement en classe de 6ème  aux élèves:

- de parents cultivateurs, car à mon avis, leur non-inscription signifiait pour ces élèves le retour à la terre et donc un coup d’arrêt à leur insertion possible  dans le système administratif 

- ayant déjà redoublé la classe de CM2. S'ils ne sont pas inscrits en 6ème , c’est la fin des études pour plusieurs d’entre eux.  

- aux élèves ayant  13 ou 14 ans, dont le risque de non poursuite de la scolarité est élevé.

J’ai donné les précisions suivantes : 

- Les fonctionnaires ne sont pas prioritaires par rapport aux cultivateurs de la région

- Dans les classes autres que la 6ème, les inscriptions sont possibles dans la limite des places disponibles et en fonction de la moyenne de redoublement ou de passage. 

C’est un classement des élèves candidats qui déterminera la possibilité  d’inscriptions si les conditions sont remplies. 

Comme justifications, j’ai expliqué à ceux qui le voulaient que les élèves de CM2  âgés de 10 et 12 ans pouvaient sans trop de dommages redoubler la classe de CM2. 

Ceux qui avaient 15 ans  ou plus me semblaient trop âgés pour entamer des études générales de longues durées 

Pour les classes autres que la 6ème, je ne recruterais qu’en fonction des places disponibles et en tenant compte du niveau de l’élève demandeur. Pas question de donner la place à un élève peu doué au détriment d’un élève qui avait des potentiels de réussite.

J'étais sûr que la mise en œuvre de telles mesures me créerait des inimitiés avec certaines notabilités, mais j’étais bien déterminé à appliquer mes règles 


Tentative claire de corruption d’un directeur

Un matin, ma secrétaire me fit savoir qu’un monsieur souhaitait un entretien avec moi. Je l’autorise à le faire entrer. Il  se présenta comme un agent du service d’élevage en poste à Canthari, qui par ailleurs est son village d’origine. Il me tint les propos suivants : 

-  Mon fils était précédemment scolarisé dans une autre ville, et je souhaite qu’il fréquente à la rentrée prochaine le CEG de Mogodia en classe de 5ème. Vraiment je demande votre compréhension en acceptant son inscription. 

- Monsieur, lui répondis-je,  je ne peux rien vous certifier à l’instant. J’ai demandé à mon secrétariat de recevoir toutes les demandes de places. Une commission sera mise en place et examinera les dossiers. Vous savez monsieur, nous recevons  beaucoup de demandes, si je tranche tout seul, je cours beaucoup de risques de me tromper. C’est pourquoi je mettrai en place une commission de recrutement pour éviter les injustices criardes. 


- Monsieur le directeur, je vous connais. Je vous le demande au nom de Dieu,  Si je n’ai pas cette place, l’enfant sera perdu. Je ne cherche pas à vous influencer, mais je vous promets un jeune taureau. 

- Monsieur, ce n’est pas nécessaire de me promettre quoi que ce soit. Je vous le dis, la commission travaillera en toute transparence. Si votre enfant le mérite, il aura sa place. 


Le monsieur se leva, me remercia et s’en alla, me laissant dans mes réflexions sur la faiblesse de notre système éducatif qui n’arrive pas à inscrire dans nos écoles tous les enfants en âge d’être scolarisés. 

Je suis aussi resté pensif sur la tendance de certaines personnes à chercher à corrompre des agents de l’Etat qui font leur travail, afin qu’ils règlent leurs problèmes personnels. 

En aucun cas, je ne rentrerai dans ce jeu ! Si c’est possible, l'enfant aura sa place. 

Je ne pouvais rien garantir car, la rentrée prochaine ne me trouvera pas à Mogodia. J’avais obtenu une mise en disponibilité pour convenance personnelle. Et je partirai avant la rentrée. Il revenait   au directeur qui allait me remplacer afin de finaliser les préparatifs de la rentrée scolaire dont en particulier ces questions de recrutement en complément d’effectifs. 


Je me devais de lui préparer les dossiers les plus importants dont les propositions d’affectation des professeurs dans les classes, les propositions de recrutement d’élèves en complément d’effectifs   car c’est au directeur rentrant de finaliser tous ces dossiers.


Un jour, alors que j’étais concentré sur la rédaction de mon rapport de fin d’année, la secrétaire me fit savoir qu’une personne que je ne connaissais pas, demandait à être reçu. Je la fis entrer. Il se présenta comme étant un ami de l’éleveur, qui m’avait demandé une place en 6ème. Il m’informa que ce dernier l’avait chargé de me remettre un taureau, présentement attaché devant sa concession. Il souhaita que je lui indique un lieu où il pouvait conduire l’animal. 

J’ai mis quelques secondes avant de parler, car j’étais un peu secoué par la nouvelle que je venais d’entendre. Je réfléchissais aussi à la manière dont je devais répondre à mon interlocuteur. Je ne voulais surtout pas le blesser en étant brutal. Il n'était qu’un commissionnaire. 

Je pris mon ton le plus posé pour lui expliquer qu’il n’était pas question pour moi d’accepter le présent en contrepartie d’une place en 6ème au CEG. Je continuai en lui faisant savoir que s’il y avait  de la place, je n’avais  pas le droit de prendre de l’argent pour inscrire un enfant. 

Je lui ai demandé de transmettre à son ami, mes remerciements, de lui ramener son animal et de lui dire que même sans bœuf, s’il y avait de la place j’inscrirai son enfant. 

Le commissionnaire est resté silencieux pendant quelques instants. Il se demandait sans doute s’il devait insister ou pas. Mais en fin de compte,  il se leva, me remercia et s’en alla.

Ouf !!! J’espérais que c’était la dernière tentative de corruption dont je serai l’objet. Et ce fut effectivement la dernière.


Un cas de conscience 


Le vieux Mankono, qui m’avait adopté et que je considérais comme un père, demanda à me parler. Après les salutations d’usage, il en vint aux motifs de sa visite. 

- « Toguyeni!, tu connais sans doute mon fils qui était au CM2. Il est admis au CEP, mais a échoué au concours d’entrée en 6ème . Il est encore jeune, et je pense qu’il peut très bien réussir la classe de 6ème . Je souhaite donc que tu l’inscrives dans cette classe ». 

Oh! (dis-je au fond de moi-même) Dans mes règles de recrutement je n’avais pas prévu les demandes des notabilités et des personnes qui me sont chères. Je suis resté silencieux quelques instants, en cherchant les mots adéquats que j’allais prononcer. Je finis par lui dire que j’allais faire une concertation avec mes collaborateurs et que je lui reviendrai. 

J’étais confronté à un cas de conscience 

Refuser à M. Mankono, l’inscription de son enfant au collège ferait de moi un ingrat, un « sans cœur », braqué sur des règles, que moi seul m’étais imposées. Ces règles ne faisaient référence à aucune instruction administrative. Je n’étais pas obligé de les concevoir et les appliquer 

Mais ma conscience de personne, consciencieuse et honnête voulait que je sois juste dans les décisions administratives que j’étais amenées à prendre. Pourquoi devrais-je brimer un élève sans soutien au profit d’un parent ou d’un ami ?

Non ! et  non ! la décision est prise, je ne privilégierai pas mes relations personnelles au détriment de ceux qui sont sans relations.  Ces petits enfants sans relations ne seront pas exclus du cycle scolaire à cause de mes intérêts personnels. 

Le vieux m’en voudra, mais je serai en règle avec ma conscience.  Je ne pouvais pas privilégier son enfant. 

Mais comment le lui dire ? Je n’avais pas le courage de le lui dire en face, car sa déception qui sera forcément visible, me fendra le cœur. Je ne le supporterai pas. 


Il me vint l’idée de faire appel au vieux Macouli, un aîné du vieux Mankono, enseignant lui aussi à la retraite. 


Je le connaissais depuis fort longtemps. Il m’a tenu quelques jours en classe de CM2 à Radhac. Tout le monde reconnaissait ses grandes qualités de maîtres pédagogues confirmés qui pendant des années a fait  de bons résultats aux examens de CEP et du concours d’entrée en 6ème. Il était aussi réputé pour sa grande rigueur dans le travail bien fait et chaque élève qu’il a tenu, relatait à l’occasion une correction mémorable que lui avait infligé M. Macouli et qu’il n’oublierait jamais jusqu’à la fin de sa vie. 

Et moi aussi j’avais ma petite histoire sur lui. Comme dit, j’étais élève en classe de CM2 à l’école primaire catholique de Radhac. Et cette année suite à un désaccord entre le gouvernement voltaïque et l’église catholique, les écoles relevant de l’épiscopat ont été fermées. 

Souleymane mon tuteur, m’a transféré alors à l’école publique dont la classe de CM2 était tenue par Macouli 


La 1ère leçon de mon premier jour de classe dans cette école, était une leçon de vocabulaire. Il s’agissait pour le maître  de s’assurer que les élèves avaient bien compris la signification de certains mots et savaient bien les prononcer. La leçon du jour portait entre autre sur le mot « spectateur »,  le maître passait dans les rangées et demandait à quelques-uns de répéter le mot après lui. Arrivé à mon niveau, il m'interrogea de répéter après lui le mot « spectateur ». Dès que j’eus répété le mot, il m’infligea une belle claque sur la joue et cria à mon intention « on ne dit pas spectateur » mais « spectateur ». « Répète » ! Je repris à haute voix « spectateur », “bien” cria-t-il et continua l’exercice avec  un autre élève. 

Franchement, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi il m’avait giflé : j’étais convaincu que j’avais prononcé et épelé le mot tel qu’il le fallait, Bien plus tard, je me suis expliqué cette punition comme une méthode pédagogique qui consiste à mâter un élève, potentiel troubleur, avant qu’il ne prenne l’initiative de perturber la classe.  


J’ai retrouvé cette méthode chez un vieux professeur de mathématiques en classe de 3ème  au Lycée Philippe  Zinda quelques années plus tard. Bingo,  un de nos camarades en classe de 3ème  jouissait d'une réputation bien établie d’emmerdeur de professeur. Il était pratiquement impossible d’avoir la paix avec lui pendant un cours. Le seul professeur qui arrivait à mener un cours tranquille était Monsieur Cazaendre: un vieux professeur français ayant une belle barbe blanche. Comment s’y est-il pris pour « mâter» ce dur des durs? Hé bien ! Il a utilisé la méthode de la surprise  et de la violence froide.   Dès le premier jour de cours, il a profité d’une petite faute de Bingo pour entrer dans une colère noire, ponctuée par des paroles hurlées pratiquement à la face de Bingo.  Ce dernier a été décontenancé car il ne s’y attendait pas. Le résultat obtenu est remarquable. Bingo est resté correct et poli pendant ses cours jusqu’en fin d’année. Mais les autres professeurs n’ont pas obtenu de lui une aussi bonne attitude en classe. 


Pour tout dire, ce premier contact brutal avec M. Macouli, m’a amené à me tenir coi dans la classe. Je me sentais un peu  humilié et j’avais l’impression que les autres élèves me prenaient pour un cancre. J’étais bien décidé à montrer que ce n’étais pas le cas. 


Je ne suis pas resté très longtemps dans cette école, l’église catholique et le gouvernement ont trouvé un accord, et mon école a été réouverte.  j’y suis reparti. 

J’ai retrouvé Monsieur Macouli à plusieurs reprises, et je l’ai toujours considéré avec déférence. Et d’ailleurs, j’avais plusieurs rapports cordiaux avec ses enfants.


J’étais sûr que Monsieur Macouli  comprendra mes préoccupations et saura plaider mes procédures de recrutement, auprès des notabilités de la ville, et particulièrement auprès de Mangono,  mes règles de recrutement d’élèves en complément d’effectifs. 

Je me rendis chez lui. Il était en train de faire de petits travaux dans sa cour. Comme la plupart des retraités, il est resté très actif,  en continuant à mener plusieurs petits travaux. Grâce à cela d’ailleurs, il paraissait très en forme, malgré son âge très avancé. 

Il me fit asseoir et après les salutations d’usage et l’échange de nouvelles concernant nos relations communes. J’en viens aux raisons de ma visite. 

Je lui  ai expliqué les règles de recrutement pour complément d’effectifs que j’ai élaborées et que  je souhaitais mettre en œuvre. Je lui ai fait part de la demande formulée par le vieux Mangono mais dont le dossier ne remplissait pas les conditions mises en place. Et par conséquent, les difficultés que j’éprouvais pour accéder à sa demande.   Je lui fis savoir que je ne souhaitais pas décevoir ou  blesser le vieux Mangono.   Je venais le voir pour qu’il soit mon avocat auprès de ce dernier  et  de lui expliquer les règles mises en place.

Le vieux Macouli a immédiatement compris et a même approuvé  ma procédure. Il ajouta que les enfants en situation difficile ne devraient pas être les seuls à être exclus des écoles, lorsqu’un choix doit se faire. 

Il m’a promis d’en discuter avec le vieux Mangono et de le convaincre sur la pertinence de ma décision. 

Après avoir remercié très chaleureusement le vieux Macouli, je pris congé et répartis vraiment très heureux du soutien qu’il a apporté à ma décision 

Je me suis promis de revenir le voir pour avoir le compte rendu de sa mission.  


Les jours suivants ont été laborieux, il me fallait classer tous les documents et préparer le terrain pour mon successeur.

Il ne me restait que quelques jours encore à faire à Gadiap avant de quitter la ville pour d’autres cieux. 


J’ai quitté Gadiap sans avoir revu Macouli. Je ne suis pas arrivé à savoir s’il a pu convaincre Mangono de la pertinence de ma procédure. 

Comment le directeur entrant a-t-il réglé tous les dossiers que j’ai laissés sur sa table en partant. Je n’ai pas eu d’informations, n’ayant pas eu l’occasion de discuter avec lui. 

Mais pendant des années, le dossier du vieux Mangono a constitué pour moi, un cas de conscience. «  n’ai-je pas été trop dur dans le respect des règles et procédures »