Blog personnel de Harouna Henhenri TOGUYENI; Les articles qui sont sur ce blog, sont des transcriptions des évènements ou des analyses que je fais sur évènements marquants. Donc il y a un peu du tout dans ce blog. Il est possible que je me sois trompé en retranscrivant des évènements, c'est pourquoi je veux de prime abord m'excuser auprès de tous ceux de mes lecteurs qui vont y trouver des inexactitudes. Si possible je les prie de bien vouloir me le signaler. Merci
dimanche 6 mars 2022
Gouvernement DAMIBA 8 Mars 2021
jeudi 3 mars 2022
Transition burkinabè, et CEDEAO?
La charte de la transition adoptée le 2 mars par la constituante burknabè fixe la durée de la transition à 36 mois. Quelle est maintenant la suite? Est ce que la CEDEAO validera une telle durée?
A mon avis oui! Pour plusieurs raisons.
1- Les règles de transition convenues jusque là qui est de 18 mois ne pas être opposable aux autorités car cette durée avait été fixée dans une situation sécuritaire normale. Le seul objectif acceptable pour tous était la remise en l'Etat des institutions mises à mal par le régime passé. Or la réalité actuelle au Burkina est toute autre, on ne peut pas organiser des élections au niveau national en l'état actuel d'insécurité. Combien de temps va t on prendre pour ramener la sécurité et le retour des déplacés. Bien malin celui qui saurait le dire. Et la CEDEAO n'a aucune compétence pour fixer un délai. Elle ne peut s'en tenir qu'au délai fixé.
2- En regardant la transition malienne, on se rend compte u'en 18 mois de transition, les autorités n'ont pas pu amener la sécurité sur l'ensemble du pays. vraisemblablement, on va vers l'option de leur accorder un supplément de 16 à 18 mois. La transition malienne aura alors une durée accordée de 32 à 36 mois. On conclut donc que les 36 mois ne sont pas excessives au vue du temps accordé au Mali
on verra!
mercredi 2 février 2022
UNION GENERALE DES ETUDIANTS BURKINABE (UGEB)
L’UGEV : L’UNION GENERALE DES ETUDIANTS VOLTAÏQUES
a) La structuration de l’UGEV
La structure fédérale du mouvement étudiant est l’UGEV, Union générale des étudiants voltaïques. Une organisation créée par les associations des étudiants voltaïques en France AEVF et l’Association des scolaires voltaïques de Dakar ASV à l’orée de notre indépendance.
Entre 1975 et 1979 l’UGEV était constituée des sections implantées en France, à Dakar, à Niamey, en URSS, au Togo, et à OUAGA.
Le siège de l’Union est le même que le siège de l’AEVF et le comité exécutif de l’AEVF assumait aussi le rôle du comité exécutif de l’UGEV
Selon ses statuts, l’union devrait tenir un congrès tous les deux ans, et entre les- deux congrès se tenait un conseil d’administration.
Pendant la durée de mon séjour, l’UGEV a régulièrement mené ses activités.
Ma première participation à une instance de l’UGEV a été le conseil d’administration d’août 1976. Il a été animé d’abord par Halidou Ouédraogo puis ensuite par Salia Sanou et autres. Ce qui m’a frappé le plus était la très bonne organisation de la session. Dans une très bonne discipline les participants prenaient la parole et faisaient le point de la situation qui a prévalu dans leur pays d’accueil depuis le dernier congrès d’août 1975.
b) Les congrès et autres instances de l’UGEV
* Le VIIIe congrès d’août 1977.
Il s’est tenu dans l’amphithéâtre nouvellement construit de l’université de Ouagadougou. Mais l’ouverture officielle a eu lieu comme d’habitude à la maison du peuple.
Le congrès de l’UGEV était un événement attendu et suivi par le gouvernement et par la grande majorité des intellectuels du pays. C’était l’une des forces capables de faire une analyse sans langue de bois de la situation politique économique et sociale du pays et à travers le monde. Bien de gens attendaient ce moment pour pouvoir se faire une opinion sur l’Etat du pays. Le 8e congrès de l’UGEV n’a pas dérogé à la règle. Personnellement j’ai été édifié par la déclaration de politique générale DPG du comité exécutif de l’UGEV lu par SO Jean Baptiste. Des analyses qu’on ne pouvait entendre nulle part ailleurs ont été faites sur les luttes de libérations menées au Mozambique par le Frelimo, en Angola par le MPLA, en Afrique du Sud par l’ANC, en Guinée Bissau et Cap vert par le PAIGC, et dans bien d’autres pays lointains tels que le Cambodge, etc.
Sur le plan national, sans complaisance, la lutte des travailleurs pour de meilleures conditions de vie, celle des étudiants pour de bonnes conditions d’études ont été magnifiées.
Dans la salle, on n’entendait que les seules paroles de l’orateur. L’attention était extrême et à la fin du discours ce fut un tonnerre d’applaudissements. Les congratulations fusaient de toutes parts.
Place maintenant aux travaux du congrès qui comme je l’ai dit s’est déroulé dans l’amphi nouvellement construit de l’université de Ouagadougou.
Le programme bien huilé de tous les congrès s’est déroulé de la manière suivante : d’abord le rapport du comité exécutif, suivi du rapport des sections, puis enfin les travaux de commission et enfin la clôture.
La grande particularité de ce 8e congrès était l’adieu de certains ténors du mouvement étudiant en fin d’études. Le plus célèbre d’entre eux étant Drissa Touré. Je ne le connaissais pas physiquement mais bien entendu, j’avais entendu parler de lui. Touré Drissa fait partie de ces grands militants de l’UGEV, qui ont lors de l’historique 5e congrès de l’UGEV tenu en 1971, défini la ligne politique, anti-impérialiste de l’UGEV. Il a particulièrement contribué à structurer et à stabiliser l’UGEV. Pour cela, il bénéficiait d’une grande considération au sein du mouvement étudiant. La dernière section à s’inscrire sur la liste des intervenants après la lecture du rapport du congrès fut l’AEVF. Je me suis demandé si cela n’avait pas été fait exprès pour que Drissa Touré soit le dernier à intervenir.
C’est dans un grand silence qu’il prend la parole, il fut long mais pas ennuyant du tout. On sentait une sorte de ferveur, une adoration,
En d’autres termes, on aurait pensé à un gourou en train de s’adresser à ses fidèles
A la fin ce fut un tonnerre d’applaudissements
De grandes questions agitaient alors le mouvement étudiant.
Sur le plan national, il s’agissait de déterminer le lien qui pouvait exister entre le mouvement révolutionnaire étudiant et des organisations telle que la LIPAD qui se réclamait aussi du mouvement révolutionnaire. Après avoir analysé leur manifeste, l’UGEV va constater que sur bien des points politiques elle a des divergences avec la LIPAD.
En effet, par rapport à l’analyse des forces en présence dans notre pays, l’UGEV n’est pas en accord avec la LIPAD. Elle ne caractérise pas les chefs traditionnels de » vestiges » des forces féodales. Or l’UGEV estime que cette force est en déclin et donc à terme va disparaître.
Sur la caractérisation de la révolution, l’UGEV a défini la révolution dans notre pays comme étant une Révolution Nationale Démocratique et Populaire « RNDP » alors que la LIPAD la définit comme étant une Révolution Populaire de Libération Nationale « RPLN ». L’UGEV estime que la LIPAD en occultant le caractère national et démocratique commettait une grave erreur.
Sur le plan international, alors que la LIPAD cherche à s’allier avec l’URSS. L’UGEV estime que ce pays est une superpuissance impérialiste qui a abandonné la ligne révolutionnaire et opprime d’autres peuples à travers le monde.
Comme on peut le voir les divergences sont profondes et larges. L’UGEV va alors qualifier la LIPAD de NCR nouveau courant réformiste. C’est clair, c’est un rejet catégorique de la demande d’alliance exprimée par la LIPAD et par voie de conséquence de la participation de ses membres aux activités de l’UGEV.
Sur le plan international, le congrès a renouvelé son soutien à l’Albanie dirigée par Enver Hoxha comme un bastion inexpugnable de l’anti-impérialisme. Par contre il a condamné sans appel la nouvelle théorie réformiste des trois mondes développée par Deng Xiaoping. Ce dernier a développé la théorie des trois mondes : le premier monde est constitué de deux superpuissances États Unis et URSS, le deuxième monde étant les autres puissances impérialistes constituées en grande majorité des pays occidentaux qui continuent à opprimer bien des peuples à travers le monde, et enfin le troisième monde que sont les pays du tiers monde dominés par les deux premiers. Pour Deng Xiaoping, il y a forcément une contradiction entre ces trois groupes. Les forces révolutionnaires du troisième monde doivent profiter des contradictions entre les deux premiers mondes et pouvoir s’associer lorsque c’est possible avec les puissances impérialistes intermédiaires dans leurs luttes contre les deux super puissances.
Pour l’UGEV, l’Albanie, petit pays d’Europe, était le seul pays révolutionnaire du monde. Ce pays a rompu avec l’union soviétique après la mort de Staline et le processus déstalinisation mené par ses successeurs. De ce fait c’était le seul pays au monde qui se réclamait de Staline et continuait à le considérer comme un grand révolutionnaire et dont l’exemple doit inspirer les nouvelles générations. Il était dirigé par un parti communiste ayant à sa tête Enver Hoxha Ce dernier a écrit un livre » L'État et la Révolution « où il exposait sa vision du monde et sa ligne politique. Bien sûr il était de bon ton que tout militant anti-impérialiste cherchât à lire ce livre. J’ai pu m’en procurer mais je dois avouer que sa lecture est ardue. Je ne suis pas sûr de l’avoir entièrement lu. Le congrès a donc encore une fois renouvelé son soutien à l’Albanie considéré le bastion inexpugnable de la révolution.
En guise de conclusion, le congrès a invité les étudiants à continuer à défendre la ligne anti impérialiste dégagée lors du Ve congrès tenu en 1971.
Ce congrès m’a véritablement marqué. Au début, les thèses défendues par les responsables de l’AEVO étaient tout simplement pour moi des idées d’intellectuels sans engagement aucun. Mais après le congrès j’étais dans la conviction et prêt à défendre et à appliquer les directives dégagées par cette ligne anti-impérialiste.
* Le conseil d’administration d’août 1978.
Au cours de l’année scolaire 1977-1978 vers le mois de mars, un courant contestataire surgit d’abord au sein de l’AEVF puis va s’étendre aux autres sections principalement à Dakar et en Union soviétique. Ce courant, qui s’est dénommé Mouvement du 21 juin en abrégé M21, était principalement animé par Valère Some, Basile Guissou, Alain Zougba, etc…Les tenants de ce nouveau courant remettent en cause la ligne politique jusque-là défendue par l’UGEV et dénonce du même coup des pratiques qu’ils jugent contraires à l’esprit révolutionnaire.
Les contestataires estiment que le mouvement étudiant en refusant de définir la classe dirigeante de la révolution et en lançant des mots d’ordre stratégiques tels que l’intégration aux masses populaires s’arroge en réalité un rôle qui ne lui est pas dévolu. Les contestataires dans leur manifeste nomment le parti communiste, le parti du prolétariat comme étant le parti qui doit conduire la révolution. C’était une nouveauté effectivement dans le mouvement étudiant. Jusque-là, l’UGEV estimait qu’il ne revenait pas au mouvement étudiant de dire qui va diriger la révolution.
Les contestataires vont également dénoncer les pratiques en cours à l’AEVF. En particulier ils remettent en cause la discipline en cours dans la cité universitaire de Poniatowski, le servilisme vis-à-vis des dirigeants qui empêchait les militants d’avoir de l’initiative ou des idées personnelles sur les préoccupations des étudiants. Ils se gaussent de la formule obligatoire « je suis fondamentalement d’accord avec le comité exécutif » qu’on se devait de dire au début de toute intervention en assemblée générale. Et bien d’autres pratiques établies.
A Ouaga, nos leaders que sont les Koniba Traoré et autres ont porté à notre connaissance les tracts ventilés par le groupe de contestataires. Ils vont qualifier ces contestataires d’éléments opportunistes qui veulent abandonner la lutte pour intégrer les pouvoirs réactionnaires. Pour dissimuler leur dessein, ils se camouflent derrière des propos extrêmes qui en somme constituent une fuite en avant. Comme tous les éléments opportunistes, ils seront combattus. Une réponse à leur manifeste ordurier fut rédigée par la direction de l’AEVO et ventilée dans les autres sections. C’était une réplique point par point à toutes les idées avancées.
Un nom fut donné à ce groupe, il s’agit du nouveau courant opportuniste liquidateur NCOL.
Le Conseil d’Administration aux termes de ses travaux s’arc-bouta sur sa ligne politique et renouvela sa foi en l’inéluctabilité de la RNDP dans notre pays. Le mot d’ordre stratégique « d’intégration aux masses populaires » a été reconduit. L’objectif affirmé étant d’aider les masses populaires à prendre conscience de leur situation de dominées et de la nécessité de lutter pour bouter hors de notre pays l’impérialisme international aidé par ses valets locaux.
Ce conseil d’administration a raffermi davantage notre foi en notre ligne politique et surtout resserré les rangs autour du comité exécutif afin de faire face aux attaques que ne manqueront pas de lancer contre nous le NCOL. Il fallait continuer le travail d’explication auprès des étudiants afin qu’ils ne se laissent pas appâter par les théories contre-révolutionnaires du NCOL.
Le CA, après avoir dénoncé les difficiles conditions que nous impose le gouvernement réactionnaire, exhorte les étudiants à resserrer les rangs afin d’engager les batailles qui permettront d’obtenir de bonnes conditions d’études.
* Le IXe congrès tenu en août 1979.
Ce fut le congrès de la scission et aussi mon dernier congrès.
Malgré la réplique ferme donnée par les militants aux tentatives de réforme de la ligne politique de l’UGEV, les tenants du NCOL ont continué leur travail de débauchage des étudiants au cours de l’année. La plupart des sections ont été secouées.
Le décompte fait montrait que la section d’URSS, l’AEVUS, était entièrement acquise au NCOL, la section de Lomé, l’AEVT, a subi de très fortes pressions tant intérieures qu’extérieures, mais nous avions eu l’assurance qu’elle restait dans notre camp.
La section de Dakar, l’ASV, était théoriquement acquise à la cause du NCOL, mais aucune assemblée générale n’avait entériné ce ralliement. Seul le comité exécutif se prévalait de leur appartenance au camp réformiste liquidateur. Il était de coutume que l’ASV organise une assemblée générale à Ouagadougou avant la tenue des instances nationales de l’UGEV.
Nos camarades fidèles de l’ASV étaient convaincus que le comité exécutif était isolé de la base et que la grande majorité des étudiants de Dakar étaient sur la position défendue par le comité exécutif de l’UGEV. L’assemblée générale en préparation était une occasion inespérée pour démontrer l’opportunisme du comité exécutif de l’ASV.
Comme toute assemblée les militants sincères ont préparé l’AG de l’ASV. Il a été convenu qu’une motion de confiance allait être introduite sur la position défendue par les tenants du NCOL. Comme il est également de coutume, les militants des autres sections de l’union pouvaient participer à toute activité d’une section donnée.
‒ L’assemblée générale de clarification de l’ASV
L’assemblée Générale de l’ASV s’est tenue dans la grande salle de la Rotonde, siège de l’aumônerie catholique des élèves et étudiants de Ouagadougou. Elle était présidée par Bazoug et Gosava tous deux membres du comité exécutif de l’ASV. Il y avait du monde dans la salle, preuve de l’importance accordée, par les étudiants, à cette AG.
L’ordre du jour était axé sur le rapport d’activité du comité exécutif à soumettre au congrès. Il faut remarquer que l’assemblée générale de Ouagadougou était la seule possibilité de réunir au même endroit les militants de Dakar. A l’époque le gouvernement de Senghor avait interdit la tenue des assemblées générales d’étudiants, afin de les empêcher de se concerter pour mener d’éventuelles actions de protestations d’envergure. Pour maintenir un lien entre les étudiants et avec leurs dirigeants, on avait introduit le concept de la cellule qui regroupait 4 à 5 étudiants. Les préoccupations des étudiants, et l’analyse de la situation nationale étaient faites dans ces cellules. Cette initiative organisationnelle a permis de maintenir une cohésion et de maintenir la flamme Anti impérialiste chez les étudiants de Dakar.
Dès que Bazoug a fini de lire son rapport, Sidibé, un militant resté sur la ligne de l’UGEV lève la main et demande à introduire une motion.
La parole lui est donnée et il lit sa motion. Dans son développement, il explique que le rapport que le comité exécutif venait de lire est totalement contraire à la ligne défendue par la majorité des cellules de Dakar. Il estime que le CE adonc trahi les aspirations des militants de l’ASV et a failli à sa mission première qui est la défense intransigeante de la ligne politique et idéologique de l’UGEV. Par conséquent il exige la destitution immédiate du dit comité exécutif.
C’est sous des applaudissements nourris ayant valeur d’adhésion à la motion qu’il finit la lecture. C’est donc clair, le comité exécutif est à l’instant même démis. Des militants exigent la mise en place séance tenante d’un comité exécutif chargé de rédiger un autre rapport et de conduire la délégation de l’ASV au IXe congrès de l’UGEV.
Évidemment, Bazoug et Gosava refusent de se soumettre à cette sommation et contestent la légalité de la procédure, et crient au putsch. Dans un brouhaha immense, un débat, sur cette question, s’instaure entre Le CE démis ayant quand même une poignée de soutiens et les motionnaires. Mais dans l’impossibilité de s’imposer à l’assemblée, Bazoug et Gosava vont quitter la salle, en déclarant refuser, par cette sortie, de cautionner un putsch. Personne d’autre ne les a suivis dans cette fuite.
Le calme revint alors dans la salle. Par consensus, un comité exécutif provisoire a été mis en place, chargé de rédiger le rapport au congrès et d’y conduire la délégation de l’ASV.
On peut effectivement se poser la question de la légalité d’une motion qui destitue un comité exécutif régulièrement installé par les étudiants à Dakar. Aucun texte organisant l’ASV n’a prévu cela. Mais le mode d’organisation des étudiants de Dakar ne permettait pas la libre expression des opinions. L’organisation dans des cellules comme dans une organisation communiste clandestine, favorisait le point de vue des dirigeants qui d’une certaine manière imposait leur diktat aux autres. L’UGEV prônait le centralisme démocratique. Selon ce concept, un lien dialectique existait entre les deux voies que sont le centralisme et la démocratie. En fonction des circonstances, la direction pouvait utiliser une des voies pour prendre une décision. Lorsque l’environnement était favorable à l’expression démocratique, il fallait forcément consulter la base avant toute décision importante. Mais lorsqu’il était impossible de réunir la base, la direction avait le droit de prendre une décision quitte à informer la base le moment venu. Le comité exécutif de l’ASV prenant prétexte de l’environnement peu favorable aux organisations d’étudiants à dû user du centralisme pour introduire leur ligne opportuniste à Dakar. Il était donc légitime pour les autres de tenter un coup de force pour renverser la vapeur. Visiblement ce scénario n’avait pas été prévu par le NCOL d’où sa débandade en quittant la salle.
Mais quitter la salle, ne pouvait pas signifier pour Bazoug et Gosava, abdiquer. Ils iraient certainement au congrès de l’UGEV, en se prévalant du titre de dirigeants et en prétendant être investis de la légalité et de la légitimité.
Le congrès de l’UGEV s’annonçait des plus durs. Au moins une section se présenterait avec deux délégations. Sur quelle base, le comité exécutif de l’UGEV, désignerait la délégation légale ?
‒ La séance plénière de l’UGEV.
La séance plénière a eu lieu à la maison du peuple, tout comme l’ouverture solennelle du congrès. La salle de 3000 places était presque pleine.
A l’heure exacte pour les débuts des travaux, le président du comité exécutif de l’UGEV, So Jean Baptiste, secondé par Lansina Konaté, ouvre les travaux. Le premier acte a consisté à vérifier le quorum par l’appel des sections et la vérification de leur mandat.
A l’appel de l’ASV, deux voix dans la salle répondent « présent ». Les hostilités qu’on attendait venaient d’être ouvertes.
Le comité exécutif demande alors aux délégations de justifier leur mandat. Le 1er à prendre la parole fut Sidibé favorable au CE de l’UGEV actuel. Il expliqua qu’il tirait sa légitimité de l’assemblée générale de l’ASV tenue récemment à Ouagadougou. Assemblée qui a destitué le CE ancien pour forfaiture car défendant une ligne politique qui n’est pas celle définie par une instance souveraine des étudiants de Dakar. Ces explications soulevèrent de longs applaudissements nourris dans la salle.
C’était au tour des tenants du NCOL de prendre la parole. Mais des huées et des cris s’élevèrent dans la salle les empêchant de s’exprimer. Ils tentèrent à plusieurs reprises de parler mais impossible. Alors de guerre lasse, après une rapide concertation la délégation décida de quitter la salle, suivie par une partie de la délégation de l’AEVUS et quelques éléments de l’AEVF
Voilà, la scission de l’UGEV est ainsi consommée. Dorénavant il existait deux organisations qui allaient réclamer la représentativité du mouvement.
Tous les brouhahas ont cessé dans la salle. On n’entendait que la voix de So Jean Baptiste. Essayant de faire une analyse de la situation nouvelle qui venait de se créer. La tension était palpable. Des questions me taraudaient l’esprit. Aurions-nous pu éviter cette scission ? L’UGEV ne va-t-elle pas perdre une partie de sa crédibilité ? Le travail de mobilisation sur les campus ne sera t-il pas plus difficile avec deux organisations d’étudiants ?
C’est sûr Les opportunistes de tout poil vont en profiter pour mener des actions de déstabilisation des organisations révolutionnaires d’étudiants.
Il fallait à partir de maintenant redoubler d’ardeur dans le travail de sensibilisation des étudiants, de défense intransigeante de leurs intérêts, de travail de conscientisation des masses populaires afin de contribuer à libérer notre peuple des jougs de l’impérialisme international, etc.
Mais moi et mes camarades de lutte au sein de l’AEVO, ne savions pas que nous participions ainsi à notre dernier congrès. À la rentrée d’octobre 1979, nous serons exclus de l’université de Ouagadougou. Certains pour un an, d’autres définitivement et je faisais partie de ce dernier lot.