Le Burkina Faso en 1975
En
1975, au moment où je m’apprêtais à intégrer l’université, la Haute Volta était
dirigée par une junte militaire ayant à sa tête le général Aboubacar Sangoulé
LAMIZANA. Ce pouvoir militaire est issu d’un coup d’Etat perpétré le 8 février 1974
contre le gouvernement démocratiquement élu de la 2ème république en
place depuis 1971. La constitution de la 2ème république a été
suspendue, le gouvernement et le parlement ont été dissous. L’armée met en place un gouvernement
dénommé gouvernement de renouveau national GRN dominé par les chefs militaires.
Mais cette position du tout militaire étant intenable, le pouvoir militaire va chercher à mettre un vernis de démocratie
sur sa gestion, et mettra pour cela un organe à vocation
consultative ; le Conseil Consultatif pour le Renouveau National (CCRN) rassemblant
les représentants des forces vives de la nation.
Une
partie de l’opinion publique va dénoncer cet organe en le taxant de caisse de
résonance du pouvoir militaire.
Mais
lorsqu’en mai 1975, le pouvoir militaire va tenter de créer un parti politique
unique, alors comme un seul homme,
toutes les couches sociales, ayant à leur tête les syndicats des travailleurs
et le mouvement étudiant vont s’y opposer. La grève de protestations des 17 et
18 décembre 1975, qui est lancée par ces organisations fut un succès total.
Ouagadougou a été une ville morte, je suis bien placé pour le dire, car pendant
ces deux jours, les jeunes étudiants que nous étions, avions eu de la peine à
trouver à manger.
Le
pouvoir militaire fut obligé de reculer. Le MNR fut un mort-né.
En
1978, une nouvelle constitution est votée. Nous entrions dans l’ère de la
troisième république. Des élections présidentielles et législatives sont
organisées. L’UDV-RDA remporta les
élections législatives et Sangoulé LAMIZANA, déclaré candidat du RDA remporta
l’élection présidentielle après avoir été mis en ballotage par Macaire
Ouédraogo candidat de l’UNDD.
La
3ème république ne fera pas long, il sera
En
dehors de ces courts périodes de vie démocratique dans notre pays, les partis
politiques n’avaient pas d’existence
légale. Toutes les juntes militaires dès leur prise de pouvoir décrétaient la
dissolution des partis et organisations politiques. Ils n’avaient pas le droit
de s’exprimer et de donner leurs opinions sur quelques aspects de la vie
nationale. La liberté d’expression et de manifestations étaient bâillonnées.
Toutes attitudes contraires pouvaient être sanctionnées. Mais leur courant de
pensée continuait à exister et même à se manifester sous une autre forme.
Pendant
les périodes d’Etat de droit, la liberté de s’exprimer et de s’organiser
n’était pas entière. Il y eut même des moments où la loi avait limités le nombre de partis politiques à trois.
Tous les autres partis étaient dissous et interdits de manifestations.
Quel
que soit le régime en place, les partis ou groupes communistes, qui prônent le
renversement de l’ordre établi ne pouvaient pas se manifester ouvertement.
Sinon ils seraient réprimés. Ils étaient tous de rester dans la clandestinité
Des
partis ou organisations politiques, qui se proclamaient révolutionnaires ou
communistes, même pendant les courts moments de démocratie, restaient dans la
clandestinité.
Seuls
les syndicats des travailleurs et les organisations avaient la possibilité de
manifester en deçà d’une certaine limite sous peine d’être réprimé.
Bien
des partis ou organisations politiques vont chercher à contrôler les
organisations syndicales et les utiliser comme moyens d’expression de leurs
oppositions au pouvoir en place. Les luttes de ces groupes pour controler les syndicats et mouvements d’étudiants étaient
très âpres.
Au-delà
de ces luttes sous terraines, le mouvement syndical des travailleurs et le
mouvement étudiant ont toujours été aux avant-pointes dans les luttes pour la
défense et la sauvegarde des libertés dans notre pays. Les luttes qu’ils
menaient dépassaient très souvent le cadre des revendications purement
corporatistes. Le mouvement étudiant en particulier, conscient de son rôle de
conscientisation analysait sans faille la situation nationale et défendait de
manière intransigeante la liberté et réclamait toujours plus démocratie.
Les
meetings des syndicats drainaient un monde fou à la bourse du travail. Les
leaders syndicats comme Soumane TOURE et Boniface KABORE, grands orateurs savaient
trouvaient les formules justes pour fustiger le régime en place. Ils ont tous
subis les foudres des régimes anti démocratiques en place
Sur
le plan social et démographique, la Haute-Volta était peu peuplée, nous étions
approximativement six millions d’habitants en 1975 .
La
population scolaire était aussi très faible. En 1960, à l’orée de notre
indépendance formelle, après plus de 60 ans de domination coloniale, il n’y avait seulement que 51 candidats au
baccalauréat pour une population approximative de 3 millions d’habitants. La
colonisation n’a manifestement fait aucun effort pour former des cadres dans notre
pays. L’objectif recherché était de nous maintenir dans l’obscurantisme et
continuer tranquillement à exploiter nos richesses. Quinze après, cette
indépendance, au moment où je passais mon baccalauréat, il n’y avait que 900
élèves inscrits dans les classes de terminales et 1500 candidats au
baccalauréat. C’était un très faible effectif après quinze d’indépendance. C’était
La question qu’on peut se poser est de savoir,
si nos dirigeants n’avaient pas des entraves qui les empêchaient de
mener une politique forte de scolarisation. Les organisations progressistes
affirmaient que nos dirigeants étaient toujours sous la coupe de l’impérialisme
international qui les empêchait de mener
une véritable politique de croissance et de bienêtre qui passe forcément par
une formation des cadres.
L’enseignement
supérieur était dans un état embryonnaire. Ce n’est qu’en 1974, que la Haute
Volta va se doter de sa première université par mutation du centre
d’enseignement supérieur CESUP. De ce fait la grande majorité des bacheliers
étaient envoyés dans les universités de la sous-région et d’Europe. Tout élève
bachelier âgé de 22 ans au plus, obtenait une bourse nationale qui lui donnait
droit à la prise en charge de ses frais d’inscription et d’une allocation
financière. Ceux qui avaient plus de de 22 ans pouvaient prétendre à une bourse
d’études dans les pays communistes d’Europe de l’Est. Le pécule en 1975, était
de 22 500 francs pour les étudiants de Ouagadougou, et lorsque je quittais
en 1979, elle s’élevait à 35 000 francs CFA. Une grande majorité
d’étudiants, militants des organisations d’étudiants, avaient une claire
conscience des sacrifices consenties par le peuple voltaïque pour leur permettre
de poursuivre des études. Ces étudiants percevaient leurs devoirs vis-à-vis de
ces masses laborieuses. Ainsi beaucoup de nos étudiants de cette époque ont
refusé des offres d’emploi dans les pays occidentaux où ils poursuivaient leurs
études pour rentrer et servir le pays.
Sur
le plan économique, la situation était loin d’être reluisante. L’activité
commerciale, financière et industrielle était dominée par les grands groupes
français et partiellement par l’Etat. Les parts de l’Etat, dans la plupart des
sociétés, provenaient des prêts
consentis par la coopération internationale.
Au
seuil de notre dépendance, et longtemps après, l’écho de la révolution bolchevique
de 1917 en Russie résonnait toujours très fort dans les esprits. L’idéologie
révolutionnaire communiste, dont le fondement était la libération de l’homme de
toutes formes d’exploitations et le partage juste et équitable des richesses
générés par les efforts des peuples exerçaient un attrait très fort sur la jeunesse.
En effet, la jeunesse, dans tous les pays du monde est sensible, aux souffrances et à
l’injustice, Les jeunes ont très soif de liberté et d’indépendance, de justice
sociale. et par conséquent a envie de changer le monde pour le coller à leurs
idéaux.
Les
jeunes étudiants les plus dynamiques ou à qui on a pu expliquer les fondements
de la révolution vont s’y engager avec enthousiaste et ardeur. Une multitude d’organisations révolutionnaires ou
communistes vont voir le jour et canaliser cette énergie dégagée par la
jeunesse.
Sur
le plan international, beaucoup de pays à travers le monde, dont les pays
africains Angola, Mozambique, Namibie, étaient toujours sous domination
coloniale directe de pays occidentaux à régime capitaliste. Les patriotes organisés
de ces pays avaient pris les armes menaient une lutte sans merci contre le
colonisateur pour obtenir leur indépendance totale. Le peuple noir sud-africain
était soumis à un apartheid fait d’humiliation et de privations de toutes
sortes. Sous la conduite de leurs
leaders et de l’ANC, le peuple sud-africain portait des coups durs au
régime raciste sud-africain qui bénéficiaient du soutien des pays occidentaux capitalistes
impérialistes
Ces
peuples en lutte pour l’indépendance et à la liberté étaient soutenus par tous
les patriotes africains progressistes, organisés principalement dans des partis
d’obédience communiste et des organisations progressistes. Ces organisations en
lutte bénéficiaient du soutien des pays communistes
Le
monde était globalement divisé en deux camps antagoniques, le premier camp
dominé par les Etats Unis, et le second camp dominé par les pays ayant choisi
la voie du socialisme et du communisme. Ces deux camps se livraient à une
guerre froide sans affrontement direct.
Les
étudiants que nous étions, organisés au sein de l’AEVO et de l’UGEV soutenions
fermement les luttes des peuples africains et de tous les peuples du monde sous
dominations coloniales et impérialistes.
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