ENCORE UNE FRAUDE AU BEPC
« Le pétrole a coulé au BEPC 2007 », ou en d’autres termes, il y a eu fuite des sujets : des candidats étaient en possession des épreuves bien avant le début des épreuves.
Il semble que la fuite est très importante ; près d’une quarantaine de candidats, principalement dans les villes de OUAGADOUGOU et de BOBO-DIOULASSO ont été appréhendés dans les salles d’examen en possession des corrigés des sujets qu’ils étaient en train de traiter. Il est sûr que ceux qui ont été pris ne sont pas les seuls tricheurs. Le nombre de candidats concernés est beaucoup plus important. Ceux qui ont été appréhendés sont les candidats les plus faibles ; incapables de mémoriser les réponses. Ils étaient obligés de garder sur eux les réponses.
Le gouvernement a décidé de reprendre les épreuves de mathématiques et de sciences physiques dans les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Cette limitation semble arbitraire, car on n’a pas attendu les résultats des enquêtes menées par la police pour situer l’ampleur de la fraude. Peut être des questions financières qui ont guidées les autorités dans la limitation de la reprise.
Mais cette reprise a elle aussi été entachée de fraudes, des témoignages dignes de foi ont indiquent que les sujets circulaient dans la ville, la veille de leur reprise.
Comment cela a-t-il été possible ? est ce à dire que l’organisation de nos examens est complètement pourri ?
C’est quand même trop. Il y a nécessité de situer très rapidement les responsabilités et prendre les sanctions adéquates et éviter la spirale de la dégradation continue.
Il ne doit pas être permis d’entacher la crédibilité de notre système éducatif.
C’est vrai que la fraude gangrène bien des secteurs de notre société, mais les conséquences d’une fraude généralisée dans notre système éducatif est lourde de conséquences. Si les diplômés qui sortent de nos écoles ne sont méritants, quelles actions valables peuvent ils mener pour le développement de notre pays.
Ce n’est pas la 1ère fois que « le pétrole coule » ainsi au Burkina Faso.
Quand je passais mon BEPC en 1972, un agent du service des examens et concours avait soustrait des épreuves, à l’insu de ses supérieurs pour les communiquer à ses amis et parents.
On se souvient qu’au BEPC de 1995, une fuite d’une très grande ampleur a été observée. Des explications données par les autorités ministérielles, il ressort que, tout serait parti d’un agent du service des examens qui a soutiré les sujets pour les donner à l’enfant d’un de ses amis candidat au BEPC. Ce dernier en a profité pour les vendre. De vente à vente, on est arrivé à cette situation qu’à la veille du BEPC, très peu de candidats n’avaient pas pris connaissance des épreuves.
L’agent fautif a été traduit en justice et licencié de la fonction publique. Les élèves fraudeurs ont été interdits d’examens pendant cinq ans.
Au BEPC 2000, c’est le fils d’un chef d’établissement qui après volé les clés du bureau de sa mère, et les clés de la cantine contenant les sujets, a ouvert les enveloppes, s’est emparé des sujets et les a distribuer à ses copains.
Au BEPC 2004, c’est un président de jury, qui a soustrait frauduleusement des épreuves et les a divulguées à ses amis, connaissances et élèves.
Et voilà qu’en 2007, un autre fuite est découverte. En attendant de connaître comment cela a pu survenir, toutes les personnes soucieuses de la crédibilité du système éducatif burkinabé sont choquées et se posent des questions.
Est-ce un fatalisme ? Ne peut on pas arrêter cette fuite récurrente des sujets ? Comment peut on expliquer l’existence des fuites et leur régularité ?
Les autorités ministérielles sont interpellées. Il y a d’autres examens qui se déroulent au Burkina Faso (BAC, CEP), mais on observe peu de fuites. Pourquoi sont ils peu concernés par les fuites ?
A mon avis l’existence des fuites peut s’expliquer principalement par les raisons suivantes : la faiblesse de l’organisation, le manque de rigueur des responsables dans le contrôle et le suivi des opérations de confection, de tirage, et de répartition des épreuves dans les jurys, la culture de la facilité et de la tricherie, le manque de conscience professionnelle et l’absence de morale de certains acteurs.
En analysant un peu l’organisation de cet examen, on se rend compte que une des failles du système qui a permis cette fraude est la question de la sécurité des sujets. En principe, les sujets doivent être dans un environnement sécurisé.
Dans tous les cas de fuite dont je viens de parler, au moins une règle de sécurité n’a pas été observée. Comment a-t-on pu permettre que le fils du chef d’établissement ait pu accéder aux enveloppes.
Pourquoi permet on à un président de jury d’accéder à tout moment aux enveloppes ? L’accès des sujets ne peut se faire qu’en présence de plusieurs personnes.
Ou était le responsable chargé du tirage lorsque l’agent chargé du tirage subtilisait des exemplaires des sujets ? peut on sortir comme on veut de la salle de tirage ?
Encore un fois les responsables sont pointés du doigt.
A-t-on défini de manière très précise, les attributions des agents de sécurité qui assurent la garde des sujets.
Les cantines ont-elles toujours placées sous la garde des agents de sécurité. ? En 2004, j’ai constaté personnellement que les cantines sont restées toutes une nuit sans surveillance.
Les directeurs auraient du montrer plus de rigueur, dans leur contrôle en s’assurant que sur toute la chaîne du BEPC, en allant de la conception à remise des épreuves aux élèves, les règles de sécurités sont observées.
Sinon comme une fatalité, il y aura toujours des fuites au BEPC.
Ne l’ayant pas fait, La responsabilité du ministère est engagée.
De plus en plus au Burkina Faso, les gens ne croit plus au mérite du à son travail personnel. Beaucoup de burkinabé croit que pour réussir il faut absolument être pistonné ou corrompre des agents.
J’en ai eu la preuve encore à l’occasion de cette fuite. Un jeune de mon quartier m’a dit à peu près ceci, « pourquoi n y aurait il pas fuite au BEPC ? La fraude est partout au Burkina , voyez la fraude lors des élections » j’ai tenté de lui faire comprendre que le système éducatif doit rester en dehors de ces fraudes. A son expression, j’ai compris qu’il en doutait.
Les gens vous disent que lorsque vous allez dans un service public, pour demander un service qui vous ait normalement du, il faut d’abord chercher à savoir si vous y avez des relations, sinon il faut soit corrompre soit s’attendre à un parcours de combattant pour obtenir le service.
Beaucoup de gens croient que pour réussir à un concours, il faut avoir soit acheter les sujets à l’avance, soit avoir une relation dans le jury qui inscrira votre nom au moment de la délibération.
Tout cela est il vrai ? Je pense qu’il y a un peu d’exagération, mais tout n’est pas faux.
Peu à peu s’installe au burkina faso, la culture de la tricherie et de la facilité.
Il ne faut donc pas s’étonner que des individus se trouvant dans le circuit du BEPC, soutirent frauduleusement des sujets pour les donner à des amis ou tout simplement les vendre.
Ces malfaiteurs ne sont même pas effrayés par la possibilité d’une sanction qui peut être aurait pu les dissuader.
Conscient d’avoir d’importantes relations dans le système politico administratif, ils sont sûrs d’échapper aux sanctions, ou au moins d’écoper de sanctions mineures.
C’est cette impunité dont bénéficie les malfrats qui alimente la fraude.
Moi ce qui me désole le plus est l’absence de morale de certains responsables. Tout quand même n’est pas permis.
Lorsqu’on a acquis une parcelle de pouvoir, la morale veut que vous fassiez tout pour préserver et promouvoir le système.
Quand alors on voit des responsables chargés de l’organisation du BEPC, être à la base de la fuite, on est sidéré. Le pays est il foutu ?
Non il faut un sursaut, les premiers responsables parce qu’ils sont justement responsables ne doivent pas laisser faire n’importe quoi. Comme ils le disent eux-mêmes c’est DIEU qui leur a donné le pouvoir, ils doivent donc avoir peur de DIEU et préserver l’intérêt supérieur de la nation.
Arrêtons à temps.
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