L’UGEV : L’UNION GENERALE DES ETUDIANTS VOLTAÏQUES
a)
La structuration de
l’UGEV
La structure fédérale
du mouvement étudiant est l’UGEV, Union générale des étudiants
voltaïques. Une organisation créée par les associations des étudiants
voltaïques en France AEVF et l’Association des scolaires voltaïques de Dakar
ASV à l’orée de notre indépendance.
Entre 1975 et 1979 l’UGEV était constituée des sections
implantées en France, à Dakar, à Niamey, en URSS, au Togo, et à OUAGA.
Le siège de l’Union est le même que le siège de l’AEVF et
le comité exécutif de l’AEVF assumait aussi le rôle du comité exécutif de
l’UGEV
Selon ses statuts, l’union devrait tenir un congrès tous
les deux ans, et entre les- deux congrès se tenait un conseil d’administration.
Pendant la durée de mon séjour, l’UGEV a régulièrement mené
ses activités.
Ma première participation à une instance de l’UGEV a été le conseil d’administration d’août
1976. Il a été animé d’abord par Halidou Ouédraogo puis ensuite par Salia Sanou
et autres. Ce qui m’a frappé le plus était la très bonne organisation de la
session. Dans une très bonne discipline les participants prenaient la parole et
faisaient le point de la situation qui a prévalu dans leur pays d’accueil
depuis le dernier congrès d’août 1975.
b)
Les congrès et
autres instances de l’UGEV
* Le VIIIe
congrès d’août 1977.
Il s’est tenu dans l’amphithéâtre nouvellement construit de
l’université de Ouagadougou. Mais l’ouverture officielle a eu lieu comme
d’habitude à la maison du peuple.
Le congrès de l’UGEV était un événement attendu et suivi
par le gouvernement et par la grande majorité des intellectuels du pays.
C’était l’une des forces capables de faire une analyse sans langue de bois de
la situation politique économique et sociale du pays et à travers le monde.
Bien de gens attendaient ce moment pour pouvoir se faire une opinion sur l’Etat
du pays. Le 8e congrès de l’UGEV n’a pas dérogé à la règle.
Personnellement j’ai été édifié par la déclaration de politique générale DPG du
comité exécutif de l’UGEV lu par SO Jean Baptiste. Des analyses qu’on ne
pouvait entendre nulle part ailleurs ont été faites sur les luttes de
libérations menées au Mozambique par le Frelimo, en Angola par le MPLA, en
Afrique du Sud par l’ANC, en Guinée Bissau et Cap vert par le PAIGC, et dans
bien d’autres pays lointains tels que le Cambodge, etc.
Sur le plan national, sans complaisance, la lutte des
travailleurs pour de meilleures conditions de vie, celle des étudiants pour de
bonnes conditions d’études ont été magnifiées.
Dans la salle, on n’entendait que les seules paroles de
l’orateur. L’attention était extrême et à la fin du discours ce fut un tonnerre
d’applaudissements. Les congratulations fusaient de toutes parts.
Place maintenant aux travaux du congrès qui comme je l’ai
dit s’est déroulé dans l’amphi nouvellement construit de l’université de
Ouagadougou.
Le programme bien huilé de tous les congrès s’est déroulé
de la manière suivante : d’abord le rapport du comité exécutif, suivi du
rapport des sections, puis enfin les travaux de commission et enfin la clôture.
La grande particularité de ce 8e congrès était
l’adieu de certains ténors du mouvement étudiant en fin d’études. Le plus
célèbre d’entre eux étant Drissa Touré. Je ne le connaissais pas physiquement
mais bien entendu, j’avais entendu parler de lui. Touré Drissa fait partie de
ces grands militants de l’UGEV, qui ont lors de l’historique 5e
congrès de l’UGEV tenu en 1971, défini la ligne politique,
anti-impérialiste de l’UGEV. Il a
particulièrement contribué à structurer et à stabiliser l’UGEV. Pour cela, il
bénéficiait d’une grande considération au sein du mouvement étudiant. La dernière section à s’inscrire sur la liste
des intervenants après la lecture du rapport du congrès fut l’AEVF. Je me suis
demandé si cela n’avait pas été fait exprès pour que Drissa Touré soit le
dernier à intervenir.
C’est dans un grand silence qu’il prend la parole, il fut
long mais pas ennuyant du tout. On sentait une sorte de ferveur, une adoration,
En d’autres termes, on aurait pensé à un gourou en train de
s’adresser à ses fidèles
A la fin ce fut un tonnerre d’applaudissements
De grandes questions agitaient alors le mouvement étudiant.
Sur le plan national, il s’agissait de déterminer le lien
qui pouvait exister entre le mouvement révolutionnaire étudiant et des
organisations telle que la LIPAD qui se réclamait aussi du mouvement
révolutionnaire. Après avoir analysé leur manifeste, l’UGEV va constater que
sur bien des points politiques elle a
des divergences avec la LIPAD.
En effet, par rapport à l’analyse des forces en présence
dans notre pays, l’UGEV n’est pas en accord
avec la LIPAD. Elle ne caractérise pas les chefs traditionnels de »
vestiges » des forces féodales. Or l’UGEV estime que cette force est en déclin et donc
à terme va disparaître.
Sur la caractérisation de la révolution, l’UGEV a défini la
révolution dans notre pays comme étant une Révolution Nationale Démocratique et
Populaire « RNDP » alors que la LIPAD la définit comme étant une
Révolution Populaire de Libération Nationale « RPLN ». L’UGEV estime
que la LIPAD en occultant le caractère national et démocratique commettait une
grave erreur.
Sur le plan international, alors que la LIPAD cherche à
s’allier avec l’URSS. L’UGEV estime que ce pays est une superpuissance
impérialiste qui a abandonné la ligne révolutionnaire et opprime d’autres
peuples à travers le monde.
Comme on peut le voir les divergences sont profondes et
larges. L’UGEV va alors qualifier la LIPAD de NCR nouveau courant réformiste.
C’est clair, c’est un rejet catégorique de la demande d’alliance exprimée par
la LIPAD et par voie de conséquence de la
participation de ses membres aux activités de l’UGEV.
Sur le plan international, le congrès a renouvelé son
soutien à l’Albanie dirigée par Enver Hoxha comme un bastion inexpugnable de
l’anti-impérialisme. Par contre il a condamné sans appel la nouvelle théorie
réformiste des trois mondes développée
par Deng Xiaoping. Ce dernier a développé la théorie des trois mondes : le
premier monde est constitué de deux superpuissances États Unis et URSS, le
deuxième monde étant les autres
puissances impérialistes constituées en grande majorité des pays occidentaux
qui continuent à opprimer bien des peuples à travers le monde, et enfin le
troisième monde que sont les pays du tiers monde dominés par les deux premiers.
Pour Deng Xiaoping, il y a forcément une contradiction entre ces trois groupes.
Les forces révolutionnaires du troisième monde
doivent profiter des contradictions entre les deux premiers mondes et
pouvoir s’associer lorsque c’est possible avec les puissances impérialistes
intermédiaires dans leurs luttes contre les deux super puissances.
Pour l’UGEV, l’Albanie, petit pays d’Europe, était le seul
pays révolutionnaire du monde. Ce pays a rompu avec l’union soviétique après la
mort de Staline et le processus déstalinisation mené par ses successeurs. De ce
fait c’était le seul pays au monde qui se réclamait de Staline et continuait à
le considérer comme un grand révolutionnaire et dont l’exemple doit inspirer
les nouvelles générations. Il était dirigé par un parti communiste ayant à sa
tête Enver Hoxha Ce dernier a écrit un livre » L'État et la Révolution «
où il exposait sa vision du monde et sa ligne politique. Bien sûr il était de
bon ton que tout militant anti-impérialiste cherchât à lire ce livre. J’ai pu
m’en procurer mais je dois avouer que sa
lecture est ardue. Je ne suis pas sûr de l’avoir entièrement lu. Le congrès a
donc encore une fois renouvelé son soutien à l’Albanie considéré le bastion
inexpugnable de la révolution.
En guise de conclusion, le congrès a invité les étudiants à continuer à défendre
la ligne anti impérialiste dégagée lors du Ve congrès tenu en 1971.
Ce congrès m’a véritablement marqué. Au début, les thèses
défendues par les responsables de l’AEVO étaient tout simplement pour moi des
idées d’intellectuels sans engagement aucun. Mais après le congrès j’étais dans
la conviction et prêt à défendre et à appliquer les directives dégagées par
cette ligne anti-impérialiste.
* Le conseil
d’administration d’août 1978.
Au cours de l’année scolaire
1977-1978 vers le mois de mars, un
courant contestataire surgit d’abord au sein de l’AEVF puis va s’étendre aux
autres sections principalement à Dakar et en Union soviétique. Ce courant, qui
s’est dénommé Mouvement du 21 juin en abrégé
M21, était principalement animé
par Valère Some, Basile Guissou, Alain Zougba, etc…Les tenants de ce nouveau
courant remettent en cause la ligne politique jusque-là défendue par l’UGEV et
dénonce du même coup des pratiques qu’ils jugent contraires à l’esprit
révolutionnaire.
Les contestataires estiment que le mouvement étudiant en
refusant de définir la classe dirigeante de la révolution et en lançant des
mots d’ordre stratégiques tels que l’intégration aux masses populaires s’arroge en réalité un rôle qui ne lui est
pas dévolu. Les contestataires dans leur manifeste nomment le parti communiste,
le parti du prolétariat comme étant le parti qui doit conduire la révolution.
C’était une nouveauté effectivement dans le mouvement étudiant. Jusque-là,
l’UGEV estimait qu’il ne revenait pas au mouvement étudiant de dire qui va
diriger la révolution.
Les contestataires vont également dénoncer les pratiques en
cours à l’AEVF. En particulier ils remettent en cause la discipline en cours
dans la cité universitaire de Poniatowski, le servilisme vis-à-vis des
dirigeants qui empêchait les militants d’avoir de l’initiative ou des idées
personnelles sur les préoccupations des étudiants. Ils se gaussent de la
formule obligatoire « je suis fondamentalement d’accord avec le comité
exécutif » qu’on se devait de dire
au début de toute intervention en assemblée générale. Et bien d’autres
pratiques établies.
A Ouaga, nos leaders que sont les Koniba Traoré et autres
ont porté à notre connaissance les tracts ventilés par le groupe de
contestataires. Ils vont qualifier ces contestataires d’éléments opportunistes
qui veulent abandonner la lutte pour intégrer les pouvoirs réactionnaires. Pour
dissimuler leur dessein, ils se camouflent derrière des propos extrêmes qui en
somme constituent une fuite en avant. Comme tous les éléments opportunistes,
ils seront combattus. Une réponse à leur manifeste ordurier fut rédigée par la
direction de l’AEVO et ventilée dans les autres sections. C’était une réplique
point par point à toutes les idées avancées.
Un nom fut donné à ce
groupe, il s’agit du nouveau courant opportuniste liquidateur NCOL.
Le Conseil d’Administration aux termes de ses travaux
s’arc-bouta sur sa ligne politique et renouvela sa foi en l’inéluctabilité de
la RNDP dans notre pays. Le mot d’ordre stratégique « d’intégration aux
masses populaires » a été reconduit. L’objectif affirmé étant d’aider les
masses populaires à prendre conscience de leur situation de dominées et de la
nécessité de lutter pour bouter hors de notre pays l’impérialisme international
aidé par ses valets locaux.
Ce conseil d’administration a raffermi davantage notre foi
en notre ligne politique et surtout resserré les rangs autour du comité
exécutif afin de faire face aux attaques que ne manqueront pas de lancer contre
nous le NCOL. Il fallait continuer le travail d’explication auprès des
étudiants afin qu’ils ne se laissent pas appâter par les théories
contre-révolutionnaires du NCOL.
Le CA, après avoir dénoncé les difficiles conditions que
nous impose le gouvernement réactionnaire, exhorte les étudiants à resserrer
les rangs afin d’engager les batailles qui permettront d’obtenir de bonnes
conditions d’études.
* Le IXe
congrès tenu en août 1979.
Ce fut le congrès de la scission et aussi mon dernier
congrès.
Malgré la réplique ferme donnée par les militants aux
tentatives de réforme de la ligne politique de l’UGEV, les tenants du NCOL ont
continué leur travail de débauchage des
étudiants au cours de l’année. La plupart des sections ont été secouées.
Le décompte fait montrait que la section d’URSS, l’AEVUS, était entièrement acquise au NCOL, la section
de Lomé, l’AEVT, a subi de très fortes pressions tant intérieures qu’extérieures,
mais nous avions eu l’assurance qu’elle restait dans notre camp.
La section de Dakar, l’ASV, était théoriquement acquise à
la cause du NCOL, mais aucune assemblée générale n’avait entériné ce
ralliement. Seul le comité exécutif se prévalait de leur appartenance au camp
réformiste liquidateur. Il était de coutume que l’ASV organise une assemblée
générale à Ouagadougou avant la tenue des instances nationales de l’UGEV.
Nos camarades fidèles de l’ASV étaient convaincus que le
comité exécutif était isolé de la base et que la grande majorité des étudiants
de Dakar étaient sur la position défendue par le comité exécutif de l’UGEV.
L’assemblée générale en préparation était une occasion inespérée pour démontrer
l’opportunisme du comité exécutif de l’ASV.
Comme toute assemblée les militants sincères ont préparé
l’AG de l’ASV. Il a été convenu qu’une motion de confiance allait être
introduite sur la position défendue par les tenants du NCOL. Comme il est
également de coutume, les militants des autres sections de l’union pouvaient
participer à toute activité d’une section donnée.
‒ L’assemblée
générale de clarification de l’ASV
L’assemblée Générale de l’ASV s’est tenue dans la grande
salle de la Rotonde, siège de l’aumônerie catholique des élèves et étudiants de
Ouagadougou. Elle était présidée par Bazoug et Gosava tous deux membres du
comité exécutif de l’ASV. Il y avait du monde dans la salle, preuve de
l’importance accordée, par les étudiants,
à cette AG.
L’ordre du jour était axé sur le rapport d’activité du
comité exécutif à soumettre au congrès. Il faut remarquer que l’assemblée
générale de Ouagadougou était la seule possibilité de réunir au même endroit
les militants de Dakar. A l’époque le gouvernement de Senghor avait interdit la
tenue des assemblées générales d’étudiants, afin de les empêcher de se concerter
pour mener d’éventuelles actions de
protestations d’envergure. Pour maintenir un lien entre les étudiants et avec
leurs dirigeants, on avait introduit le concept de la cellule qui regroupait 4
à 5 étudiants. Les préoccupations des étudiants, et l’analyse de la situation
nationale étaient faites dans ces cellules. Cette initiative organisationnelle
a permis de maintenir une cohésion et de
maintenir la flamme Anti impérialiste chez les étudiants de Dakar.
Dès que Bazoug a fini de lire son rapport, Sidibé, un
militant resté sur la ligne de l’UGEV lève la main et demande à introduire une motion.
La parole lui est donnée et il lit sa motion. Dans son
développement, il explique que le
rapport que le comité exécutif venait de lire est totalement contraire à la ligne défendue
par la majorité des cellules de Dakar. Il estime que le CE adonc trahi les
aspirations des militants de l’ASV et a failli à sa mission première qui est la
défense intransigeante de la ligne politique et idéologique de l’UGEV. Par conséquent
il exige la destitution immédiate du dit comité exécutif.
C’est sous des applaudissements nourris ayant valeur
d’adhésion à la motion qu’il finit la
lecture. C’est donc clair, le comité exécutif est à l’instant même démis. Des
militants exigent la mise en place séance tenante d’un comité exécutif chargé
de rédiger un autre rapport et de conduire la délégation de l’ASV au IXe
congrès de l’UGEV.
Évidemment, Bazoug et Gosava refusent de se soumettre à cette sommation et
contestent la légalité de la procédure, et crient au putsch. Dans un brouhaha immense, un débat, sur cette
question, s’instaure entre Le CE démis
ayant quand même une poignée de soutiens et les motionnaires. Mais dans
l’impossibilité de s’imposer à l’assemblée, Bazoug et Gosava vont quitter la
salle, en déclarant refuser, par cette sortie, de cautionner un putsch.
Personne d’autre ne les a suivis dans cette fuite.
Le calme revint alors dans la salle. Par consensus, un
comité exécutif provisoire a été mis en place, chargé de rédiger le rapport au
congrès et d’y conduire la délégation de l’ASV.
On peut effectivement se poser la question de la légalité
d’une motion qui destitue un comité exécutif régulièrement installé par les
étudiants à Dakar. Aucun texte organisant l’ASV n’a prévu cela. Mais le mode
d’organisation des étudiants de Dakar ne permettait pas la libre expression des
opinions. L’organisation dans des cellules comme dans une organisation
communiste clandestine, favorisait le point de vue des dirigeants qui d’une
certaine manière imposait leur diktat aux autres. L’UGEV prônait le centralisme
démocratique. Selon ce concept, un lien dialectique existait entre les deux
voies que sont le centralisme et la démocratie. En fonction des circonstances,
la direction pouvait utiliser une des voies pour prendre une décision. Lorsque
l’environnement était favorable à l’expression démocratique, il fallait
forcément consulter la base avant toute décision importante. Mais lorsqu’il
était impossible de réunir la base, la direction avait le droit de prendre une
décision quitte à informer la base le moment venu. Le comité exécutif de l’ASV
prenant prétexte de l’environnement peu favorable aux organisations d’étudiants
à dû user du centralisme pour introduire leur ligne opportuniste à Dakar. Il
était donc légitime pour les autres de tenter un coup de force pour renverser
la vapeur. Visiblement ce scénario n’avait pas été prévu par le NCOL d’où sa
débandade en quittant la salle.
Mais quitter la salle, ne pouvait pas signifier pour Bazoug
et Gosava, abdiquer. Ils iraient certainement au congrès de l’UGEV, en se prévalant du titre de dirigeants et en
prétendant être investis de la légalité et de la légitimité.
Le congrès de l’UGEV s’annonçait des plus durs. Au moins
une section se présenterait avec deux délégations. Sur quelle base, le comité
exécutif de l’UGEV, désignerait la délégation légale ?
‒ La séance
plénière de l’UGEV.
La séance plénière a eu
lieu à la maison du peuple, tout comme
l’ouverture solennelle du congrès. La salle de 3000 places était presque pleine.
A l’heure exacte pour les débuts des travaux, le président
du comité exécutif de l’UGEV, So Jean Baptiste, secondé par Lansina Konaté,
ouvre les travaux. Le premier acte a consisté à vérifier le quorum par l’appel
des sections et la vérification de leur mandat.
A l’appel de l’ASV, deux voix dans la salle répondent
« présent ». Les hostilités qu’on attendait venaient d’être ouvertes.
Le comité exécutif demande alors aux délégations de
justifier leur mandat. Le 1er à prendre la parole fut Sidibé
favorable au CE de l’UGEV actuel. Il expliqua qu’il tirait sa légitimité de
l’assemblée générale de l’ASV tenue récemment à Ouagadougou. Assemblée qui a
destitué le CE ancien pour forfaiture car défendant une ligne politique qui
n’est pas celle définie par une instance souveraine des étudiants de Dakar. Ces
explications soulevèrent de longs applaudissements nourris dans la salle.
C’était au tour des tenants du NCOL de prendre la parole.
Mais des huées et des cris s’élevèrent dans la salle les empêchant de
s’exprimer. Ils tentèrent à plusieurs reprises de parler mais impossible. Alors
de guerre lasse, après une rapide concertation la délégation décida de quitter
la salle, suivie par une partie de la délégation de l’AEVUS et quelques
éléments de l’AEVF
Voilà, la scission
de l’UGEV est ainsi consommée. Dorénavant il existait deux organisations qui
allaient réclamer la représentativité du mouvement.
Tous les brouhahas ont cessé dans la salle. On n’entendait
que la voix de So Jean Baptiste. Essayant de faire une analyse de la
situation nouvelle qui venait de
se créer. La tension était palpable. Des questions me taraudaient l’esprit.
Aurions-nous pu éviter cette scission ? L’UGEV ne va-t-elle pas perdre une
partie de sa crédibilité ? Le travail de mobilisation sur les campus ne
sera t-il pas plus difficile avec deux organisations d’étudiants ?
C’est sûr Les opportunistes de tout poil vont en profiter
pour mener des actions de déstabilisation des organisations révolutionnaires d’étudiants.
Il fallait à partir de maintenant redoubler d’ardeur dans
le travail de sensibilisation des étudiants, de défense intransigeante de leurs
intérêts, de travail de conscientisation des masses populaires afin de
contribuer à libérer notre peuple des
jougs de l’impérialisme international, etc.
Mais moi et mes camarades de lutte au sein de l’AEVO, ne
savions pas que nous participions ainsi à notre dernier congrès. À la rentrée
d’octobre 1979, nous serons exclus de l’université de Ouagadougou. Certains
pour un an, d’autres définitivement et je faisais partie de ce dernier lot.